PROPOS SUR L’INTERCOMMUNALITÉ
Par Maurice de Sainte Marie
Catholiques en campagne
21. Historique
Les communes françaises sont excessivement morcelées
(voir l’introduction). Si les Français sont attachés à l’échelon local de la commune ce
morcellement du paysage municipal pose problème, les petites communes manquant
de moyens pour assumer seules des compétences de plus en plus coûteuses et nombreuses. C’est
la raison pour laquelle les pouvoirs publics ont cherché à diminuer le nombre des communes par
disparition, fusion ou regroupement dans un premier temps, puis, devant le peu
de succès ou l’insuffisance de ces procédures, par un transfert de compétences
à des regroupements de communes.
La fusion et les regroupements
de communes
On a essayé de remédier à ce
morcellement de moyens par diverses formules de groupements et de fusion entre
communes. Plusieurs lois (janvier 1959, août 1964 et surtout loi du 16 juillet
1971) avaient prévu
soit une fusion d’autorité imposée par les autorités, soit une procédure
de fusion décidée en commun par les conseils municipaux des communes désirant se
réunir ou par référendum à défaut d’accord
des conseils municipaux intéressés et des communes associées pour encourager les petites communes à accepter la
fusion : la commune associée conserve son nom, est érigée de plein droit section électorale, possède
une annexe de la mairie et une section du bureau d’aide sociale, mais elle n’a
pas la personnalité morale. Un maire délégué, choisi par le conseil municipal,
remplit dans la commune associée les fonctions d’État civil et d’officier de
police judiciaire.
La création des syndicats de
communes, apparition de l’intercommunalité
Devant le peu de résultat de
cette politique de fusion et d’association les pouvoirs publics, tout en conservant les possibilités de
fusion et de regroupement, se sont tournés vers une autre approche. La loi du
22 mars 1890 institue des syndicats de communes, établissements
publics, ayant la personnalité
morale mais n’étant pas des collectivités territoriales, dans le cadre desquels
des communes, même
non limitrophes, peuvent s’associer. Ces syndicats se sont créés sous forme de Syndicat de communes à Vocation
Unique (SIVU) permettant
l’association des communes pour des fonctions simples. Les syndicats ne peuvent être
constitués qu’en vue « d’une œuvre d’utilité intercommunale ». Les
auteurs de la loi ont surtout songé à des institutions d’assistance. Dans la pratique, les syndicats de communes ont surtout été
créés pour la réalisation de travaux d’équipement rural : électrification des
campagnes, adduction d’eau.
Mais c’était insuffisant car au
lendemain de la seconde guerre mondiale les SIVU n’étaient pas adaptés lorsqu’il a fallu
reconstruire la France, moderniser les services publics, construire des réseaux et des logements et accompagner les mutations
de la société.
Aussi en 1955 on a créé les syndicats
mixtes qui permettent d’associer non seulement des communes et des groupements de communes mais également
d’autres collectivités ou établissements
publiques, mais surtout on fait un grand pas vers l’intercommunalité avec l’ordonnance du 5 janvier 1959 qui les Syndicats
de communes à Vocation Multiple (SIVOM), les districts, les
communautés urbaines.
22. L’intercommunalité actuelle
Mais toujours confrontés aux
limites des communes et aux nécessités de développement du territoire les pouvoirs publics se sont alors tournés
vers une autre approche, celle de l’intercommunalité,
avec la loi du 6 février 1992 par
laquelle les communes mettent leurs moyens en commun, afin d’assurer un fonctionnement optimal des services
publics locaux.
Il convient de noter que cette
loi du 6 février 1992 traite à la fois de la déconcentration et de l’intercommunalité. Cela
manifeste la cohérence et la relation entre la déconcentration d’une part et l’intercommunalité
d’autre part. L’article
L 5210.1 du CGCT reprend l’article 66 de la loi : « Le progrès de la coopération
intercommunale se fonde sur la libre volonté des communes d’élaborer des projets communs de
développement au sein de périmètres de solidarité ».
La loi reconnaît la liberté des
communes mais va les inciter fortement à élaborer des projets communs de développement. Deux systèmes vont donc
coexister :
-
une intercommunalité qui ne ressort pas de la loi du 6 février 1992 :
groupements d’intérêt public,
conventions de prêt de matériel ou de services, contrats de pays, ;
-
une intercommunalité définie par la loi du 6 février 1992 : les
différentes formules de regroupement intercommunal ont pris l’appellation générique d’Établissements
Publics de Coopération
Intercommunale (EPCI).
Cette catégorie comprend la coopération basée sur des projets (les districts, les communautés urbaines, les
agglomérations nouvelles, les syndicats d’agglomération nouvelle, les communautés de communes et
les communautés d’agglomération) la
coopération associative.
En incluant les syndicats de
commune, les districts et les communautés urbaines on ne compte aujourd’hui pas
moins de 10 formules possibles de regroupement intercommunal. Il faut ajouter à
cet ensemble institutionnel les ententes intercommunales et des chartes
intercommunales.
Il convient de noter que le CGCT
regroupe dans sa 5° partie (art L 5111 à 5916), à la fin de la partie législative, tout ce qui
touche à la coopération locale : commune, département. Cette partie s’appelle
la « coopération locale ». Cette partie n’existait pas dans l’ancien
code des communes. Cela
montre l’importance prise par la coopération intercommunale. Le guide du maire
consacre 30 pages à l’intercommunalité.
En une dizaine d’années,
l’intercommunalité s’est discrètement mais solidement installée dans le paysage
local, renforcée par la loi Chevènement du 12 juillet 1999. Celle-ci crée les
communautés d’agglomération
avec un enjeu : faire du qualitatif en contrepartie de l’obtention de la DGF.
L’intercommunalité offre
maintenant de multiples possibilités de regroupement pour les communes, une capacité à gérer
ensemble des services publics ou des compétences et le moyen de développer des projets communs
(collectes et traitement des ordures ménagères, assainissement, transports
urbains, développement local, aménagement, urbanisme, voiries, habitat,
équipements culturels
et sportifs…) Les compétences que peuvent exercer les groupements
intercommunaux sont
nombreuses et variées et constituent une réponse au grand émiettement des
communes françaises et aux difficultés de
gestion qui en découlent.