bandeau-st-leu.jpg
Accueil
Restauration du patrimoine : les croix et fontaines Version imprimable Suggérer par mail
Cadre de vie - Protection du patrimoine
27-07-2008

 

Les croix de chemin, ou croix monumentales

En dépit des sévices du temps et des destructions, nombreuses sont les croix monumentales qui nous sont parvenues et qui se dressent encore dans nos villages ou jalonnent nos campagnes. Nous les appele-rons croix monumentales et non calvaires, bien que cette terminologie soit encore usitée dans le langage courant et apparaisse en légende de nombreuses cartes postales anciennes. Le calvaire représente le Christ crucifié accompagné, de chaque côté de la croix, de personnages tels que la Vierge et saint Jean et, souvent même, de nombreuses autres figures présentant ainsi l'iconographie plus ou moins complète de la Cruci­fixion. Ceci confère à l'ensemble un aspect théâtral comme dans le cas des calvaires bretons. Aucun exemple de ce genre n'ayant été répertorié, à ce jour, dans le Val-d'Oise, nous nous en tiendrons donc à l'appellation de « croix monumentale »,

Où étaient-elles placées, ces croix qui ont pour nous une « saveur de terroir », et que signifiaient-elles ?

Erigées sur les places de village, près de l'église con­servant ainsi la mémoire des anciens cimetières dépla­cés, le long des chemins ou aux carrefours, en plein champ... elles nous livrent la tradition de nos ancê­tres, saisis dans les traits de leur existence quoti­dienne. Elles sont le reflet d'une société où ce signe est omniprésent, tout au long des occupations journaliè­res, rythmant l'espace et le temps.

Elles définissent l'espace, car ce sont autant de repères, à l'horizon des routes, autant de bornes mar­quant la limite d'un champ, d'un domaine, d'un bien ecclésiastique, communal, ou même de deux parois­ses. Limites réglementaires rendues d'autant plus res­pectables par la sacralistion du monument qui contri­buait à dessiner concrètement dans l'espace la parti­tion du paysage rural en ce qu'il avait de plus stable et de plus sécurisant. Le paysan qui aperçoit la croix en se rendant aux champs, est rassuré et lui même ren­force ce sentiment, en gravant à même la pierre d'autres croix, d'autres signes qui, bien que mala­droits n'en ont pas moins de force.

Elles rythment le temps en jalonnant la durée des déplacements individuels, et elles sont un défi au temps, notamment au cimetière où elles représentent l'espoir de rédemption et de salut.

Souvent les croix ont été dressées en signe d'expia­tion collective ou individuelle, en souvenir d'un fait mémorable ou déplorable (missions et autres événe­ments de la vie paroissiale ; accident ou même assassi­nat...).

Les croix sont souvent érigées aux carrefours, lieux de passage par excellence. Mais la fonction de repère ne suffit pas à expliquer la multiplication de ces monuments à de tels endroits. Toute une symbolique s'attache en effet à la notion de carrefour ; la croisée des chemins était particulièrement redoutée car elle représentait l'arrivée devant l'inconnu ; la réaction humaine la plus fondamentale est alors l'inquiétude, la peur et ceci d'autant plus que les carrefours sont réputés être des endroits d'apparitions néfastes et de révélations. Pour lutter contre cela s'accomplissaient certaines pratiques d'exorcisme, contre lesquelles l'Eglise lutta en sanctifiant le lieu par une croix.

La croisée des chemins représente aussi une orien­tation nouvelle et décisive à prendre, un choix à faire qui demande donc un temps d'arrêt et de méditation, favorisé là aussi par la présence de la croix.

Dans leur simplicité, ces croix sont les humbles témoignages de la piété et de la ferveur religieuse des paysans d'autrefois. Par cette modestie même, elles deviennent une belle expression de l'art populaire, création artistique et prétexte à d'infinies variations de style, qu'elles soient rectilignes ou terminées en fleurons, en fleur de lys, cantonnées de points, pattées, potencées, ancrées, doublées, triplées, crossées, sculptées dans la pierres ou forgées.

 

Les fontaines

A toutes les époques les fontaines ont été considérées comme des monuments d'utilité publique de premier ordre. Les Romains, avant toute chose, se préoccupaient de l'alimentation en eau et n'hésitaient pas à engager d'importants travaux pour amener des eaux pures et abondantes, dans les centres qu'ils créaient ou qu'ils aménageaient.

Au Moyen Age l'eau semblait une chose si précieuse, qu'on la donnait au public entourée de ce qui pouvait faire ressortir sa valeur, on la mettait à la portée de tous avec respect. Les dispositions de la fontaine du Moyen Age se sont perpétuées jusqu'à nos jours, tant en milieu urbain que dans la campagne, qu'elle soit simple cuve avec une colonne portant plusieurs tuyaux dispensant l'eau à tout venant, ou humble bassin d'eau limpide sous un abri, au bord du chemin ou dans les champs.

Au XIXe siècle, dans les villages importants, une source a été captée et amène l'eau à une ou plusieurs fontaines sur la place publique. Par les inscriptions qu'elle porte ou par son image, la fontaine vante les mérites et la gloire de l'autorité dont l'influence ou les dons généreux ont permis son édification : grand seigneur de l'ancien régime comme à la Roche-Guyon, notable philanthrope du temps des derniers rois à Arnouville-les-Gonesse ou enfin commune novatrice dont le conseil municipal célèbre ainsi les bienfaits de la République.

Le cas de Saint-Leu-la-Forêt, qui prit le nom ô combien significatif de « Claire Fontaine » en l'an II de la République le 3 germinal (23 mars 1794), est particulièrement intéressant pour illustrer l'évolution des équipements collectifs dans une commune qui au début de ce siècle était encore à vocation fortement agricole et où la principale culture était la vigne.

La colline qui domine Saint-Leu, est sillonnée de sources qui alimentaient trois lavoirs et bon nombre de fontaines.

En 1910, Auguste Méry, fondateur de l'établissement des Eaux de Saint-Leu cite les principales d'entre elles et analyse les eaux.

-   La fontaine de Boissy, située à l'ancien carrefour du Sellier dont l'eau très sulfatée cuit mal les légumes, mais est excellente pour les maladies des reins, ressemblant à l'eau de Contrexéville.

-    La fontaine de la Pissote, descendant de l'Eau-riette : « excellente eau de table ressemblant à s'y méprendre (sic) à l'eau d'Evian ». La fontaine de la Forge était alimentée par la même source.

-   Place de la Mairie, place des fêtes, rue des Avollées, des bornes donnaient « une eau pure légèrement carbonatée, guérissant les maladies de la gorge, du nez et souveraine en lotions pour les maladies des yeux ».

-   Celle qui alimentait la léproserie de Calmeta.

-   Le Gros Rocher, situé au bout de l'allée de la Source, dont l'eau gagne l'établissement fondé par Auguste Méry.

Les contrats passés par la commune avec la compagnie générale des eaux en 1877 ont amené progressivement la disparition de ces fontaines. Toutefois cette installation de l'eau courante dans la commune n'alla pas sans quelques péripéties ainsi que le raconte Henri Caignard à travers les délibérations du conseil municipal dans son histoire de Saint-Leu-la-Forêt.

« La compagnie s'engageait à distribuer à ses frais, risques et périls, l'eau de l'Oise à tous les quartiers de Saint-Leu. Elle s'engageait, en outre, à établir à ses frais les bornes-fontaines alimentées sur les mètres cubes de la concession et qui seront ouvertes pendant le temps et aux heures fixées par l'administration municipale sans préjudice en aucun cas aux bornes-

 « L'installation fut faite..., mais désagréable surprise ! l'eau ne coula pas des nouvelles bornes-fontaines. Le public réclama à la mairie, laquelle, bien entendu, se retourna vers la compagnie des eaux qui fit simplement remarquer que, si le contrat stipulait, en effet, que des bornes-fontaines seraient éta­blies, il n'indiquait pas que l'eau coulerait sans frais pour la commune.

Le conseil municipal dut revoir la question, décider la pose de compteurs et accepter de régler la dépense. Ce malentendu provoqua de telles critiques que la municipalité dut démissionner. Signalons que le 12 mai 1883, la compagnie des eaux, qui ne semblait pas pressée, fut mise en demeure de canaliser toutes les rues conformément au contrat. Les eaux de sources naturelles n'étaient pas abandonnées pour autant. En 1873, un réservoir de 300 mètres cubes (300.000 litres) avait été construit à l’Eauriette. Il fut donc encore possible de profiter des eaux de sources qui alimentaient alors une demi-douzaine de bornes-fontaines et trois lavoirs ». Au XIVe siècle, à Calmeta qui était un village de Saint Leu-la-Forêt, il est fait mention d'une chapelle dédiée à sainte Geneviève située aux abords de la Place de la Forge qui tirait son nom de l'activité qui y était installée ; le milieu de la place était occupé par fontaine toute en grès, l'eau y coulait en abondance d'une vasque dans un bassin hexagonal ainsi qu'on peut encore le voir sur le tableau peint par Dabos « La reine Hortense distribuant la soupe aux pauvres ».

A la fin du XIXe siècle, la distribution de l'eau enlève à cette fontaine sa fonction purement utilitaire, fleuron de l'art officiel, elle est réduite à décorer tout en commémorant. C'est ainsi qu'en juillet 1893 on inaugure la statue du moissonneur, allégorie du peuple laborieux ; quelques années plus tard, en 1895, le bassin de pierre est remplacé par une vasque en fonte de nobles dimensions, ornée de feuilles d'acanthe.

Pendant quelques temps le bassin devint une jardinière ; récemment remise en eau et toujours alimentée par la source de l’Eauriette, elle attire de nombreuses personnes qui viennent chaque jour y remplir des bouteilles de cette eau que l'on disait ressembler « à s'y méprendre » à l'eau d'Evian.

……

Extraits de Mémoire de l’eau…Pèlerinages oubliés – Conseil général du Val d’Oise
Par Annick Couffy et Agnès Somers

 
< Précédent   Suivant >

Soutien

Si vous appréciez ce site, un petit don sera un soutien moral et financier

Flash info

 
Association Bien Vivre à Saint-Leu  -  Courriel: Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir