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Les croix de chemin, ou croix
monumentales
En dépit des sévices du temps et des destructions,
nombreuses sont les croix monumentales qui nous sont parvenues et qui se
dressent encore dans nos villages ou jalonnent nos campagnes. Nous les
appele-rons croix monumentales et non calvaires, bien que cette terminologie
soit encore usitée dans le langage courant et apparaisse en légende de
nombreuses cartes postales anciennes. Le calvaire représente le Christ crucifié
accompagné, de chaque côté de la croix, de personnages tels que la Vierge et
saint Jean et, souvent même, de nombreuses autres figures présentant ainsi
l'iconographie plus ou moins complète de la Crucifixion. Ceci confère à
l'ensemble un aspect théâtral comme dans le cas des calvaires bretons. Aucun
exemple de ce genre n'ayant été répertorié, à ce jour, dans le Val-d'Oise, nous
nous en tiendrons donc à l'appellation de « croix monumentale »,
Où étaient-elles placées, ces croix qui ont pour nous
une « saveur de terroir », et que signifiaient-elles ?
Erigées sur les places de village, près de l'église
conservant ainsi la mémoire des anciens cimetières déplacés, le long des
chemins ou aux carrefours, en plein champ... elles nous livrent la tradition
de nos ancêtres, saisis dans les traits de leur existence quotidienne. Elles
sont le reflet d'une société où ce signe est omniprésent, tout au long des
occupations journalières, rythmant l'espace et le temps.
Elles définissent l'espace, car ce sont autant de
repères, à l'horizon des routes, autant de bornes marquant la limite d'un
champ, d'un domaine, d'un bien ecclésiastique, communal, ou même de deux paroisses.
Limites réglementaires rendues d'autant plus respectables par la sacralistion
du monument qui contribuait à dessiner concrètement dans l'espace la partition
du paysage rural en ce qu'il avait de plus stable et de plus sécurisant. Le
paysan qui aperçoit la croix en se rendant aux champs, est rassuré et lui même
renforce ce sentiment, en gravant à même la pierre d'autres croix, d'autres
signes qui, bien que maladroits n'en ont pas moins de force.
Elles rythment le temps en jalonnant la durée des
déplacements individuels, et elles sont un défi au temps, notamment au
cimetière où elles représentent l'espoir de rédemption et de salut.
Souvent les croix ont été dressées en signe d'expiation
collective ou individuelle, en souvenir d'un fait mémorable ou déplorable
(missions et autres événements de la vie paroissiale ; accident ou même
assassinat...).
Les croix sont souvent érigées aux carrefours, lieux
de passage par excellence. Mais la fonction de repère ne suffit pas à expliquer la multiplication de ces
monuments à de tels endroits. Toute une symbolique s'attache en effet à la
notion de carrefour ; la croisée des chemins était particulièrement redoutée
car elle représentait l'arrivée devant l'inconnu ; la réaction humaine la plus
fondamentale est alors l'inquiétude, la peur et ceci d'autant plus que les
carrefours sont réputés être des endroits d'apparitions néfastes et de révélations.
Pour lutter contre cela s'accomplissaient certaines pratiques d'exorcisme,
contre lesquelles l'Eglise lutta en sanctifiant le lieu par une croix.
La croisée des chemins représente aussi une orientation
nouvelle et décisive à prendre, un choix à faire qui demande donc un temps
d'arrêt et de méditation, favorisé là aussi par la présence de la croix.
Dans leur simplicité, ces croix sont les humbles
témoignages de la piété et de la ferveur religieuse des paysans d'autrefois.
Par cette modestie même, elles deviennent une belle expression de l'art
populaire, création artistique et prétexte à d'infinies variations de style,
qu'elles soient rectilignes ou terminées en fleurons, en fleur de lys,
cantonnées de points, pattées, potencées, ancrées, doublées, triplées,
crossées, sculptées dans la pierres ou forgées.
Les fontaines
A toutes les époques les fontaines ont été considérées
comme des monuments d'utilité publique de premier ordre. Les Romains, avant
toute chose, se préoccupaient de l'alimentation en eau et n'hésitaient pas à
engager d'importants travaux pour amener des eaux pures et abondantes, dans les
centres qu'ils créaient ou qu'ils aménageaient.
Au Moyen Age l'eau semblait une chose si précieuse,
qu'on la donnait au public entourée de ce qui pouvait faire ressortir sa
valeur, on la mettait à la portée de tous avec respect. Les dispositions de la
fontaine du Moyen Age se sont perpétuées jusqu'à nos jours, tant en milieu
urbain que dans la campagne, qu'elle soit simple cuve avec une colonne portant
plusieurs tuyaux dispensant l'eau à tout venant, ou humble bassin d'eau limpide
sous un abri, au bord du chemin ou dans les champs.
Au XIXe siècle, dans les villages
importants, une source a été captée et amène l'eau à une ou plusieurs fontaines
sur la place publique. Par les inscriptions qu'elle porte ou par son image, la
fontaine vante les mérites et la gloire de l'autorité dont l'influence ou les
dons généreux ont permis son édification : grand seigneur de l'ancien régime
comme à la Roche-Guyon, notable philanthrope du temps des derniers rois à
Arnouville-les-Gonesse ou enfin commune novatrice dont le conseil municipal
célèbre ainsi les bienfaits de la République.
Le cas de Saint-Leu-la-Forêt, qui prit le nom ô
combien significatif de « Claire Fontaine » en l'an II de la République le 3
germinal (23 mars 1794), est particulièrement intéressant pour illustrer l'évolution
des équipements collectifs dans une commune qui au début de ce siècle était
encore à vocation fortement agricole et où la principale culture était la
vigne.
La colline qui domine Saint-Leu, est sillonnée de
sources qui alimentaient trois lavoirs et bon nombre de fontaines.
En 1910, Auguste Méry, fondateur de l'établissement
des Eaux de Saint-Leu cite les principales d'entre elles et analyse les eaux.
-
La fontaine de
Boissy, située à l'ancien carrefour du Sellier dont l'eau très sulfatée cuit
mal les légumes, mais est excellente pour
les maladies des reins, ressemblant à l'eau de Contrexéville.
- La fontaine de la Pissote, descendant de l'Eau-riette
: « excellente eau de table ressemblant à s'y méprendre (sic) à l'eau d'Evian
». La fontaine de la Forge était alimentée par la même source.
-
Place de la
Mairie, place des fêtes, rue des Avollées, des bornes donnaient « une eau pure
légèrement carbonatée, guérissant les maladies de la gorge, du nez et
souveraine en lotions pour les maladies des yeux ».
-
Celle qui
alimentait la léproserie de Calmeta.
-
Le Gros Rocher,
situé au bout de l'allée de la Source, dont l'eau gagne l'établissement fondé
par Auguste Méry.
Les contrats passés par la commune avec la compagnie générale des eaux en 1877 ont amené progressivement
la disparition de ces fontaines. Toutefois cette installation de l'eau courante
dans la commune n'alla pas sans quelques péripéties ainsi que le raconte Henri
Caignard à travers les délibérations du conseil municipal dans son histoire de
Saint-Leu-la-Forêt.
« La compagnie s'engageait à distribuer à ses frais,
risques et périls, l'eau de l'Oise à tous les quartiers de Saint-Leu. Elle
s'engageait, en outre, à établir à ses frais les bornes-fontaines alimentées
sur les mètres cubes de la concession et qui seront ouvertes pendant le temps
et aux heures fixées par l'administration municipale sans préjudice en aucun
cas aux bornes-
«
L'installation fut faite..., mais désagréable surprise ! l'eau ne coula pas des
nouvelles bornes-fontaines. Le public réclama à la mairie, laquelle, bien
entendu, se retourna vers la compagnie des eaux qui fit simplement remarquer
que, si le contrat stipulait, en effet, que des bornes-fontaines seraient établies,
il n'indiquait pas que l'eau coulerait sans frais pour la commune.
Le conseil municipal dut revoir la question, décider
la pose de compteurs et accepter de régler la dépense. Ce malentendu provoqua
de telles critiques que la municipalité dut démissionner. Signalons que le 12
mai 1883, la compagnie des eaux, qui ne
semblait pas pressée, fut mise en demeure de canaliser toutes les rues
conformément au contrat. Les eaux de sources naturelles n'étaient pas abandonnées
pour autant. En 1873, un réservoir de 300 mètres cubes (300.000 litres) avait
été construit à l’Eauriette. Il fut donc encore possible de profiter des eaux de
sources qui alimentaient alors une demi-douzaine de bornes-fontaines et trois
lavoirs ». Au XIVe siècle,
à Calmeta qui était un village de Saint Leu-la-Forêt, il est fait mention d'une
chapelle dédiée à sainte Geneviève située aux abords de la Place de la Forge
qui tirait son nom de l'activité qui y était installée ; le milieu de la place
était occupé par fontaine toute en grès, l'eau y coulait en abondance d'une vasque dans un bassin hexagonal ainsi qu'on
peut encore le voir sur le tableau peint par Dabos « La reine Hortense
distribuant la soupe aux pauvres ».
A la fin du XIXe siècle, la distribution de
l'eau enlève à cette fontaine sa fonction purement utilitaire, fleuron de l'art
officiel, elle est réduite à décorer tout en commémorant. C'est ainsi qu'en
juillet 1893 on inaugure la statue du moissonneur, allégorie du peuple
laborieux ; quelques années plus tard, en 1895, le bassin de pierre est
remplacé par une vasque en fonte de nobles dimensions, ornée de feuilles
d'acanthe.
Pendant quelques temps le bassin devint
une jardinière ; récemment remise en eau et toujours alimentée par la source de
l’Eauriette, elle attire de nombreuses personnes qui viennent chaque jour y
remplir des bouteilles de cette eau que l'on disait ressembler « à s'y
méprendre » à l'eau d'Evian.
……
Extraits de Mémoire de l’eau…Pèlerinages oubliés –
Conseil général du Val d’Oise
Par
Annick Couffy et Agnès Somers
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