Le Parisien - Val d'Oise matin - 29 septembre 2008
LES COMMERCES alimentaires n'en finissent pas de dépérir en centre-ville. La
baisse du pouvoir d'achat et la concurrence des grandes surfaces rendent leur
situation particulièrement fragile. Dix communes* du département ont donc
décidé de délimiter des zones protégées sur leur territoire. Le but : éviter
l'installation de commerces dits « morts » (banques, agences immobilières,
opticiens...) à leur place.
En théorie, la loi Dutreil permet à la mairie de racheter le
fonds de commerce en priorité à sa fermeture. A charge, ensuite, aux élus de
trouver un successeur. Ils doivent délimiter un périmètre donné, le transmettre
à la chambre de commerce et de l'industrie (CCI) qui formule un avis, puis le
voter lors du conseil municipal. « Dans les faits, il s'agit surtout de
permettre aux élus d'organiser une sorte de veille sur les transactions
réalisées, souligne Magalie Bonnier, directrice du commerce à la CCI. Et
éventuellement d'intervenir. »
En effet, l'alimentaire est bien l'achat qui draine principalement les clients
en centre-ville. Hugues Portelli, le sénateur-maire UMP d'Ermont, l'a bien
compris. « A titre de comparaison, nous avons cinq bouchers chez nous contre 28
coiffeurs, 10 banques et une vingtaine d'agences immobilières, détaille-t-il.
Ermont a plus de 28 000 habitants et nous n'avons ni poissonnier, ni fromager,
ni magasin de fruits et légumes. Si nous ne faisons rien, nous risquons de
perdre le dynamisme de notre centre-ville. » L'élu essaye donc de rendre son offre
attrayante : une partie des locaux appartenant à la commune, il propose des
loyers très bas, des étals peuvent être prêtés, toujours pour un prix modique,
lors des jours de marché...
Actuellement, Maurice Boscavert, maire PS de Taverny, essaie d'empêcher
l'arrivée d'une banque à la place d'un boucher. « Mes services prennent régulièrement contact avec la chambre de métiers pour
lui trouver un successeur, rapporte-t-il. Pour les attirer, nous pouvons jouer,
par exemple, sur des baisses de taxes communales. » Les maires essaient donc de
jouer les médiateurs avant d'exercer le droit de préemption. « Dans ce cas, la
mairie devient propriétaire du fonds de commerce, décrypte Magali Bonnier.
Certains fonds peuvent coûter très cher. Et le retour sur investissement est
loin d'être assuré car la mairie a un an pour trouver un repreneur. Si ce n'est
pas le cas, elle perd la valeur du fonds de commerce et ne peut plus s'opposer
à l'installation d'un commerce. » Reste alors la menace pour décourager
d'éventuels candidats s'ils ne correspondent pas au profil recherché. « Ça peut
être le refus d'une extension de magasin ou d'une autorisation de travaux,
commente un bon connaisseur du dossier. Pas très légal, mais plutôt efficace. »
* Franconville, Soisy-sous-Montmorency, Ermont, Montlignon, La
Frette-sur-Seine, Taverny, Saint-Gratien, Argenteuil, Vétheuil et Pontoise.
Association Bien Vivre à Saint-Leu - Courriel:
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