Il faut préserver le temps
de la famille, les droits des travailleurs, l'heure des retrouvailles, les
loisirs du dimanche. Beaucoup de critiques de la proposition de loi Maillé,
visant à assouplir très largement les conditions du travail dominical, mettent en
avant la dimension sociale du traditionnel repos du septième jour (ou plutôt -
nous sommes chrétiens ! - du premier). Nous sommes en pays laïque, n'est-ce pas
? Il y a « séparation » de l'Eglise et de l'Etat... C'est sans doute la raison
pour laquelle, en cherchant à se faire entendre sur le plan politique, bien des
évêques ont évoqué avec plus de discrétion le Jour du Seigneur que les droits
sociaux menacés.
La dimension sociale,
familiale, humaine du dimanche est incontestable. Mais elle n'est qu'une
dimension, au fond la moins importante. Celle autour de laquelle on peut
négocier, relativiser, discuter entre soi. Entre hommes... Et surtout sans les
autorités religieuses, qui doivent s'occuper de Dieu en faisant semblant de ne
pas voir Mammon...
Cela produit - hélas - des
tribunes dans la presse comme celle, récente, d'Yves de Kerdrel, éditorialiste financier
au Figaro, reprochant aux évêques de se mêler d'économie et d'organiser
la pauvreté par ce passéisme obtus qui ne comprend pas la beauté du plan de
croissance de Jacques Attali. C'est ça, le libéralisme du quotidien « de droite
» sans doute le plus lu dans les familles catholiques convenables.
La croissance a disparu mais
le plan Attali est toujours là et Sarkozy s'impatiente de voir adopter la loi
Maillé : avant Noël si possible. (Tiens, si on abolissait le jour férie de Noël
? On pourrait dépenser tout de suite ses étrennes en allant en famille au
Casifour du coin, quel boom pour l'économie et le pouvoir d'achat !)
Or il faut bien comprendre
ce que signifierait l'abandon du repos dominical. C'est le jour du « repos de
Dieu », ou plutôt du repos pour Dieu puisque Dieu ne se repose point : dans la
Genèse, c'est plutôt un exemple qu'Il nous donne, une règle de conduite si
ancrée dans le cœur humain et si nécessaire au bien de l'homme qu'elle a été
rappelée dans le Décalogue. C'est le jour qui nous sépare du reste de la
Création. Le jour sanctifié et béni par Dieu. Le jour où Il nous fait
comprendre qu'il contemple sa Création (et ce qui en elle, était « très bon »)
avec amour. Contemplation et amour appellent en retour contemplation, amour,
reconnaissance, adoration, en un temps à part, un temps où le « travail » de la
Création, auquel l'homme est depuis l'origine appelé à coopérer cesse pour
laisser la place à l'essentiel, « l'accomplissement de la première création
», enseignait Jean-Paul II dans Dies Domini, s'est achevé dans le Christ
qui par son œuvre de Rédemption réalise la « création nouvelle ». C'est
pourquoi nous ne nous reposons plus le septième jour, mais le « huitième », le
dimanche devenu premier jour de la semaine parce ce qu'il marque le souvenir du
jour de Pâques et de la plus grande œuvre accomplie, celle de la Résurrection.
Travailler le dimanche,
proclamer pour la société tout entière qu'il n'est plus ce jour à part, c'est en
réalité idolâtrer le travail (et l'économie, et l'argent...). C'est proclamer l'œuvre
de l'homme supérieure à celle de Dieu. C'est ainsi d'abord que l'on rejette le
principe de l'alliance de Dieu avec les hommes. Si nous ne sommes que des
travailleurs (et des acheteurs), c'est que nous ne voulons plus de Sa
paternité. C'est que nous refusons notre place à part dans la Création. Ainsi
nous serons comme des bêtes. Rien ne les appelle à la louange et à l'adoration
de Dieu qu'elles ne connaissent point ! Le septième jour est dès l'origine le
jour du repos - le jour du sabbat « est pour l'homme » et marque que l'homme
est pour Dieu en qui il trouvera le seul vrai repos. En hébreu, alliance et
sept sont un seul et même mot. La pédagogie divine est magnifique. C'est d'elle
que nous avons soif...
Article de Jeanne Smits, dans Présent du samedi 29 novembre 2008
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