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La
fête de Noël est l'une des deux plus
grandes fêtes de l'année avec celle de Pâques, et sa liturgie est d'une
richesse exceptionnelle, aussi bien celle de la messe que celle de
l'office
divin. Pour permettre à tous ceux qui participeront à l'une ou l'autre
cérémonie de cette fête d'en bien saisir la portée, nous nous sommes
adressés à Philippe Fabre, saintloupien, ancien secrétaire général de l'association Una Voce France ,
association qui publie chaque dimanche l'émission Chant grégorien, prière chantée , sur Radio-Courtoisie.
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La fête de Noël
On sait que la fête de Noël commémore la naissance de l'Enfant
Jésus dans sa crèche de Bethléem, qui nous est relatée par l'Évangile de saint
Luc au chapitre II :
« En ces jours-là parut un édit de César Auguste ordonnant
le recensement de toute la terre. Ce recensement, le premier, eut lieu pendant
que Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire inscrire chacun
dans sa ville. Joseph donc, qui était de la lignée de David, monta de Galilée
en Judée, de la ville de Nazareth à la ville de David appelée Bethléem, afin de
s'y faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant
qu'ils étaient là, le temps où elle devait enfanter se trouva révolu. Elle mit
au monde son fils premier né (1), l'enveloppa de langes et le coucha dans une
crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux à l'hôtellerie.
Il y avait dans la contrée des bergers qui vivaient aux champs
et qui, la nuit, veillaient à la garde de leurs troupeaux. L'ange du Seigneur
leur apparut et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa clarté ; ils
furent alors saisis d'une grande frayeur. Mais l'ange leur dit :
"Rassurez-vous car je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout
le peuple. Aujourd'hui, dans la cité de David, un sauveur vous est né, qui est
le Messie, et voici à quoi vous le reconnaîtrez : vous trouverez un
nouveau né enveloppé de langes et couché dans une crèche". Et soudain, se
joignit à l'ange une troupe nombreuse de l'armée céleste qui louait Dieu en
disant : "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre
aux hommes qu'il aime. » (Traduction Osty)
C'est donc bien le Messie, le fils de Dieu fait homme, venu dans
le monde pour nous sauver, dont nous célébrons la naissance, qui est
l'événement le plus important de l'histoire de l'humanité. C'est pourquoi, au
Moyen Âge, on a voulu choisir cette date comme point de départ de notre ère,
même si les connaissances imprécises de l'époque ont fait sans doute commettre
une erreur de quelques années.
Les rites de la messe
De ces deux grandes parties de la liturgie, la messe est la plus
connue, car c'est celle à laquelle tous les fidèles doivent participer, au
moins les dimanches et fêtes d'obligation, même si elle est célébrée tous les
jours. La messe est essentiellement le culte rendu à Dieu par le renouvellement
sur l'autel du sacrifice du Christ sur la croix, son corps et son sang étant
présents sous l'apparence du pain et du vin. Cet acte est entouré d'un certain nombre
de rites qui se sont élaborés peu à peu au cours des premiers siècles,
s'inspirant de ceux du culte juif de la Synagogue, et qui consistent en un
ensemble de lectures de la sainte Écriture, de chants et de prières.
La messe comporte des parties fixes - l'ordinaire de la messe -
et des parties variables propres à chaque jour : c'est le propre de la
messe. L'ordinaire se compose d'une part des grandes prières d'offrande du
sacrifice récitées par le prêtre, d'autre part des chants de l'assemblée des
fidèles, qui sont au nombre de cinq : Kyrie, Gloria
(commençant par les paroles des anges en cette nuit de Noël : Gloria in
excelsis Deo), Credo, Sanctus, Agnus Dei. Le
propre se compose de lectures de la sainte Écriture, avec toujours un passage
de l'Évangile, d'oraisons chantées ou récitées par le prêtre, et de cinq chants
interprétés par la chorale : trois chants de procession - introït (ou
chant d'entrée), offertoire (la procession n'existe plus, mais le chant est
resté) et communion - et deux chants de méditation après les lectures : le
graduel et l'Alleluia ou trait. Lorsqu'ils sont chantés avec les
mélodies grégoriennes figurant dans les livres officiels, ces chants
constituent la plus belle expression de la prière de l'Église, et des
sentiments que doit éprouver l'âme chrétienne devant Dieu : adoration,
louange, action de grâces, contrition, confiance, supplication.
La fête de Noël possède une particularité unique dans toute
l'année, qui est de comporter trois messes différentes, alors que les autres
jours n'en ont qu'une. Elles étaient souvent autrefois dites les unes à la
suite des autres : on se rappelle Les Trois Messes basses
d'Alphonse Daudet ; mais elles sont normalement destinées à être célébrées
à trois moments différents, avec lesquels elles sont en harmonie : la
messe de minuit emplie de mystères, celle de l'aurore pleine de lumière et
celle du jour, pleine de joie. Nous ne parlerons pas davantage de la messe de
l'aurore, qui n'est guère chantée que dans les monastères, et à laquelle les fidèles
n'ont que rarement l'occasion d'assister. Notez toutefois qu'elle est chantée à la chapelle Saint Mathias de Pontoise.
La messe de minuit
La plus connue et la plus populaire de ces trois messes est
évidemment la messe de minuit. Si, dans les premiers siècles, la messe était
souvent célébrée la nuit, en particulier au moment des persécutions, elle fut
ensuite ramenée à la matinée, même la vigile pascale qui n'a été établie à son
heure normale que sous Pie XII. Seule la fête de Noël a conservé sa messe de la
nuit, en rapport avec l'Évangile qui précise que c'est la nuit que l'ange apparut
aux bergers pour leur annoncer la grande nouvelle ; certains textes de la
sainte Écriture, considérés comme prophétiques, prédisaient d'ailleurs la venue
du Messie au milieu de la nuit, et les chrétiens ont tenu à commémorer
l'événement à ce même moment. Cette cérémonie est toujours restée très
populaire, et c'est encore une de celles qui attirent le plus de monde dans les
églises. Elle y est le plus souvent précédée par une veillée au cours de
laquelle on chante des Noëls, ces innombrables cantiques de toutes régions et
de toutes époques célébrant l'enfant Jésus de façon à la fois poétique et
pittoresque.
Les textes de la messe de minuit présentent un contraste
frappant entre l'Évangile, celui que nous avons cité au début de cet article,
relatant l'événement historique de la naissance de l'Enfant Jésus, et les
chants du propre, qui sont des méditations profondes sur la génération
éternelle du Verbe, Fils de Dieu, deuxième personne de la Sainte Trinité. À
part l'offertoire, ils contiennent tous les mots genui te, « je
t'ai engendré », adressés par Dieu le Père à son Fils. On les trouve dans
deux passages tirés de deux psaumes messianiques, dans lesquels le roi d'Israël
est la figure du Messie. Le premier, tiré du psaume II, est très court, et
figure à l'introït et à l'Alleluia : Dominus dixit ad me :
Filius meus es tu, ego hodie genui te. « Le seigneur m'a dit : tu
es mon Fils, moi aujourd'hui, je t'ai engendré. »
Cet aujourd'hui, c'est le présent éternel du ciel. Ces paroles
sont celles du Père, mais ici c'est le petit enfant de la crèche qui les
prononce ; ainsi, la mélodie de l'introït, un des plus courts du
répertoire, est-elle très simple et légère. Celle de l'Alleluia, plus
développée, est une mélodie-type que l'on retrouve un certain nombre de fois
dans l'année, avec de grandes vocalises très joyeuses.
L'autre passage, tiré du psaume 109, figure au graduel et est
repris en partie à la communion : Tecum principium in die virtutis
tuae, in splendoribus sanctorum ex utero ante luciferum genui te. Ce texte,
où l'on retrouve les mots genui te, n'est pas facile à traduire car,
riche en symbolisme, il s'applique à la fois au roi d'Israël, devenu par
l'onction « Fils de Dieu », c'est-à-dire son représentant sur la
terre, et à la génération éternelle du Messie, dont le roi n'était que la
figure. Disons faute de mieux : « À toi la primauté au jour de ta
puissance ; dans les splendeurs sacrées, de mon sein avant l'aurore je
t'ai engendré. »
Il est suivi dans le graduel par les premiers versets du psaume
109 : Dixit Dominus Domino meo : sede a dextris meis, donec ponam
inimicos tuos scabellum pedum tuorum. « Le Seigneur (Dieu le Père) a
dit à mon Seigneur (Dieu le Fils) : Siège à ma droite jusqu'à ce que je
mette tes ennemis comme un escabeau sous tes pieds. » À l'opposé de
l'introït, ce graduel est un des plus longs du répertoire, et sa mélodie est
ample et solennelle ; nous sommes ici dans un monde de grandeur, de
mystère et d'éternité, contrastant vivement avec la joie légère et un peu
puérile qui est souvent celle de la veillée. On retrouvera la deuxième phrase
de ce graduel : In splendoribus sanctorum... dans l'antienne de
communion, laquelle est au contraire très courte, avec une mélodie aussi simple
que celle de l'introït, mais moins légère : Dieu parle directement.
Reste l'offertoire de cette messe de minuit tiré du psaume 95,
cantique de louanges au Seigneur, roi et juge universel : Laetentur
caeli et exultat terra ante faciem Domini, quoniam venit. « Que les
cieux se réjouissent et que la terre exulte devant la face du Seigneur, car il
vient ». La mélodie chante la venue du Seigneur en nos âmes de façon douce
et contemplative.
La messe du jour de Noël
On retrouve dans la messe du jour de Noël le même contraste que
dans celle de la nuit entre l'évangile et les chants du propre, mais cette fois
en sens inverse. C'est l'évangile qui est une méditation sur la génération
éternelle du Verbe, deuxième personne de la Sainte Trinité. Il s'agit du
célèbre prologue de l'Évangile selon saint Jean : In principio erat
verbum, « À l'origine était le Verbe », s'achevant par l'annonce
de l'incarnation qui se réalise en ce jour : Et Verbum caro factum est,
« Et le Verbe s'est fait chair », c'est-à-dire a revêtu la nature
humaine. Quant aux chants du propre, ils célèbrent joyeusement la naissance du
petit enfant dans la crèche ; c'est ce que proclame dès les premiers mots
l'introït, tiré du prophète Isaïe, un des grands textes de l'Ancien Testament
annonçant la venue du Messie : Puer natus est nobis, et Filius datus
est nobis, cujus imperium super humerum ejus, et vocabitur nomen ejus magni
consilii angelus. « Un enfant nous est né, un fils nous est donné, la
souveraineté est sur son épaule, et on l'appellera du nom d'envoyé de grand
conseil ».
Ce grand conseil, c'est le dessein de la Sainte Trinité de
sauver tous les hommes. La mélodie de cet introït exprime à merveille la joie
légère de Noël ; elle s'élance au début en un grand élan enthousiaste,
puis s'apaise progressivement en une contemplation amoureuse.
Comme à la messe de minuit, on trouve le même texte au graduel
et à la communion de la messe du jour. Il est tiré cette fois du psaume 97,
cantique de louanges au Seigneur qui vient comme sauveur et comme juge. Les
versets retenus dans le graduel sont ceux qui affirment l'universalité du salut
accordé à tous les peuples : Viderunt omnes fines terra salutare Dei
nostri ; jubilate Deo, omnis terra ! Notum fecit Dominus salutare
suum ; ante conspectum gentium revelavit justitiam suam. « Tous
les peuples de la terre on vu le salut donné par notre Dieu ; poussez
des cris de joie, terre entière ! Le Seigneur a fait connaître son salut,
il a révélé sa justice devant les peuples. »
Cette perspective est chantée avec une mélodie très joyeuse,
pleine de ferveur et d'enthousiasme, avec des notes répétées de façon
insistante. On retrouve dans l'antienne de communion la première phrase du
graduel, avec une mélodie évidemment beaucoup plus courte, mais encore pleine
de grands élans.
L'Alleluia de la messe du jour est un peu à part, car
c'est le seul chant de toutes les messes de Noël dont le texte ne soit pas tiré
de la sainte Écriture. Il insiste surtout sur un caractère de fête de la
lumière ; ce n'est pas par hasard si elle a été fixée au moment du
solstice d'hiver, quand les jours recommencent à augmenter : Dies
sanctificatus illuxit nobis : venite gentes et adorate Dominum, quia
hodie descendit lux magna super terram. « Un jour très saint nous a
illuminés : venez peuple, adorez le Seigneur, car aujourd'hui, une grande
lumière est descendue sur terre ». À cette invitation à tous les peuples à
venir adorer le Seigneur, lumière du monde, présent sous les traits d'un petit
enfant, ce sont les Mages qui répondent bientôt au jour de l'Épiphanie ;
cette réponse sera chantée dans l'Alleluia de cette fête, avec la même
mélodie que celui-ci : « Nous avons vu son étoile à l'Orient (la
« grande lumière »), et nous sommes venus adorer le Seigneur ».
Enfin, comme celui de la messe de minuit, l'offertoire de la
messe du jour est une méditation douce et contemplative, s'émerveillant du
contraste entre la faiblesse de ce petit enfant et ses qualités de maître
absolu et roi incontesté de toute la création. Le texte est tiré du psaume 88,
encore un psaume messanique : Tui sunt caeli et tua est terra :
orbum terrarum et plenitudinam ejus tu fùndasti justicia et juridicium
praeparatio sedis tuae. « À vous sont les cieux et à vous est la
terre, le globe terrestre, c'est vous qui l'avez créé. La justice, c'est-à-dire
la perfection divine, et l'équité sont le fondement de votre trône. »
L'office divin
Nous n'avons pu donner qu'un aperçu des richesses contenues dans
la messe de la fête de Noël, et il nous faut maintenant en venir à l'autre
partie de la liturgie, l'office divin. Il est la grande prière d'adoration, de
louange et de supplication que l'Église adresse sans cesse à Dieu, chantée dans
les monastères et les communautés religieuses, et récitée par les prêtres dans
leurs bréviaires. Mais les laïcs sont invités à s'y associer dans la mesure du
possible ; ils le faisaient autrefois en assistant aux vêpres du dimanche,
qui sont aujourd'hui devenues très rares ; pour les grandes fêtes comme
Noël, l'office était chanté en entier ou en grande partie dans les principales
églises.
L'office divin est constitué principalement par le chant des
psaumes, ces cent cinquante poèmes qui forment un livre de la Bible sont
récités entièrement chaque semaine dans le cadre des différents offices ; il
comporte également quelques cantiques qui proviennent d'autres livres de la
Bible qui sont chantés comme des psaumes, notamment les trois cantiques de
l'évangile, Le Magnificat, cantique de la Vierge Marie, le Benedictus,
cantique de Zacharie, et le Nunc Dimittis, cantique du vieillard
Siméon. Psaumes ou cantiques sont toujours accompagnés d'antiennes, petites
pièces chantées au début et à la fin de la récitation du psaume, dont le texte
donne le thème de méditation principal et dont la mélodie détermine le ton
psalmodique à utiliser. L'office divin comporte en outre des hymnes en strophes
où l'on retrouve la même mélodie.
L'office divin étant la prière continue de l'Église s'égrène au
long du jour et de la nuit. Les matines, encore chantées au milieu de la
nuit dans certains monastères, étaient autrefois à Noël avant la messe de
minuit dans les cathédrales et les églises ayant un nombreux clergé. Elles
comprennent, outre les psaumes et l'hymne, des lectures de la sainte Écriture
et des Pères de l'Église, chacune étant suivi d'un répons - qui est un chant de
méditation très orné. Les répons des matines de Noël comptent parmi les
chefs-d'œuvre du répertoire grégorien, et il n'est pas défendu de chanter l'un
ou l'autre au cours de la veillée.
L'office de jour est subdivisé en sept « heures »
rythmant les différents moments de la journée : les laudes le matin avec
le cantique Magnificat, puis les « petites heures », prime,
tierce, sexte et none, les vêpres à la tombée du jour, avec le cantique Benedictus,
et enfin les complies avec le cantique Nunc dimittis.
Pour la fête de Noël, des premières vêpres spécifiques sont
chantées la veille au soir avec des antiennes accompagnant chacun des cinq
psaumes. Le lendemain, les secondes vêpres sont encore différentes. Les laudes
sont sans doute les plus belles ; elles ont été utilisées en particulier par
Franz Liszt dans son oratorio Christus.
(1) Ce qui ne veut pas dire qu'elle en a eu d'autres après lui,
mais seulement qu'elle n'en a pas eu d'autres avant.
NB. Les commentaires des pièces grégoriennes figurant dans cet
article sont repris en partie dans l'ouvrage :
Yves Gire : L'Année grégorienne, 1 vol. de
304 p aux éditions Dominique Martin Morin - 28 € - qui présente tous les
chants du propre de la messe des dimanches et fêtes de l'année. (64 messes).
On peut se le procurer sur la Boutique en ligne d'Una Voce
Ces trois messes du jour de Noël sont dites selon la forme extraordinaire du rit romain (messe latine grégorienne traditionnelle) dans les lieux de culte suivants:
Samedi 24 Décembre
Chapelle Sainte Honorine de Conflans 16h00 à 18h00 confessions 21h00 à 22h45 confessions 23h00 Veillée de Noël 24h00 Messe de Minuit.
66 rue Maurice Berteaux, 78700 Conflans Sainte Honorine (face à la mairie).
Dimanche 25 Décembre
Chapelle Saint Mathias de Pontoise 08h30 Messe de l'Aurore chantée,
3 Bld des Cordeliers, Pontoise.
Chapelle Sainte Honorine de Conflans 10h00 chapelet et confessions 10h30 Messe du Jour chantée.
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