En visite à Londres jeudi, Xavier Darcos a vanté les mérites de
l’uniforme des écoliers britanniques, un «facteur d'intégration» à ses
yeux. Il ne souhaite pas pour autant imposer le retour de la blouse
grise. Il s’agirait plutôt d’un «tee-shirt siglé qui signale
l'appartenance à l'établissement», comme c’est déjà le cas dans les
DOM-TOM. Et la décision reviendrait aux responsables d’établissement.
Ce « retour à l’uniforme » a suscité de nombreuses réactions parmi
les internautes du « Parisien » et d’« Aujourd’hui en France ». Une
majorité écrasante se prononce en sa faveur, notamment au nom du
principe d’égalité entre les élèves. Voici quelques-uns des
commentaires de nos lecteurs.
POUR
1. Au nom de l'égalité et de la laïcité
L’idée enthousiasme
Tina : «Je trouve cette idée
géniale pour la mixité, l'égalité, et l'amitié. J'ai connu la blouse à
l'école primaire puis au lycée, tous les éléves se fréquentaient, on ne
voyait pas de différences entre les élèves riches et les
pauvres,
et la plupart du temps, on ne connaissait pas la situation des parents.
L'amitié naissait par affinité et non par classe sociale. Pour la paix
dans nos écoles, cela mérite d'essayer.»
Michel, ancien élève d’un lycée militaire, se
souvient que «l’uniforme avait le mérite de gommer les différentes
classes sociales et d'économiser les vêtements civils. Nous avions un
magasin d'habillement où il était simple d'échanger un pantalon usé ou
quoi que ce soit d'autre... » Pragmatique, il relève que « cela
permettait aussi de ne pas craindre une déchirure, le stress de la
tache d'encre n'existait pas ! »
Un « principe d’égalité » pour
Jean-Pierre. Un avis partagé par
Jorge : « Plus de différence, plus de discrimination, plus de riches, plus de pauvres en apparence. » Parent d’élèves,
Karine plébiscite
cette idée : « Bien sûr, l'uniforme ou la blouse ne vont pas faire
disparaître les différences, mais au moins les gommer, les rendre moins
criantes, moins "revendicatives", et ça sera déjà énorme. Le principe
d'égalité commence peut-être à s'expliquer dès le plus jeune âge, et
quoi de plus concret que l'apparence vestimentaire, la même pour tous
quand il s'agit de recevoir la connaissance et la culture ? »
Yves a lui-même porté l’uniforme lorsqu’il préparait
le concours d’entrée de l’Ecole supérieure des géomètres à l’ENP
d’Armentières, en 1955 : « Blouse blanche, chemise blanche, cravate
noire et pour sortir en ville un couvre-chef (casquette ou chapeau) ».
« Pas du tout traumatisé », il y est favorable pour « effacer les
différences, apprendre à se fondre dans le groupe, se respecter quelle
que soit son origine, ne pas étaler au grand jour la marque de ses
vêtements, respecter ainsi l'une des valeur de notre devise = égalité
».
« Enfin vers la voie d'une bonne solution pour résoudre les
communautarismes en milieu scolaire ! Tous dans la même tenue et au
travail !» lance
Arnaud-Luc. « Si cela peut renforcer la laïcité, oui » ajoute
JL. «S'y opposer me semble très RINGARD. C'est oublier le principe républicain.Tous égaux devant la LOI», réagit
Philippe.
2. Une arme contre la course aux marques
Annie
est «tout à fait d’accord, cela évitera le racket et la course aux
vêtements de marque ». « Pas de différence de niveau de société et pas
de racket », renchérit POGV. Pour les mêmes raisons,
Monique est « tout à fait pour ». « Ce serait déjà une forme d'égalité
». Mais à condition que ce ne soit « pas trop onéreux !! » « Cela
éviterait cette course aux marques, ces jalousies, ces rackets, ces
discriminations, ces moqueries, ajoute Corinne. Cela aurait l'avantage qu'à l'école tous seraient égaux pour étudier, et non pour faire de la représentation. »
Partisan de l’uniforme dès la maternelle, m.leandri,
ancien élève de Sup de Co, dénonce « la surenchère des marques » qui «
conduit à une quasi obligation pour les élèves de porter ce qui a été
lancé par les industriels appuyés par des équipes de marketing très
pointues. Sinon, c’est la marginalisation et l’exclusion du groupe
scolaire. La conséquence se retrouve dans la gestion du budget des
parents qui doivent payer pour des équipements et vêtements dans la
tendance décidée par ces professionnels ».
Gérard a enseigné toute sa carrière dans un lycée
militaire. « Mes élèves étaient en uniforme (garçons et filles) et
personne ne se plaignait. Outre le gommage de la situation financière
des parents, cela évite une course stupide à l'affichage de griffes de
la mode. Dans beaucoup de pays, l'uniforme est de rigueur et même en
France :je l'ai constaté le mois dernier en Martinique... »
« Pour avoir vécu aux Antilles où tous les enfants scolarisés
portent un uniforme, je dois dire que c'est très bien accepté par les
enfants, les parents et les professeurs. Cela permet de gommer les
différences sociales et les problèmes de rackets dans et devant les
établissements scolaires. Mes filles, qui étaient réticentes lorsque
nous sommes arrivés aux Antilles, ont très bien accepté cela et sont
pour la même chose en métropole » explique Philippe.
Catherine, elle, se prononce pour le retour des
blouses, « infiniment moins chères que des uniformes (il en faut au
moins deux, hiver, demi-saison et été) , inabordables pour de
nombreuses familles à moins de très sérieusement augmenter la prime de
rentrée scolaire, sans compter que l'on doit se vêtir quand on n'est
pas à l'école !
3 . Le retour du «respect»
Cette idée « devrait être nécessairement accompagnée d'une aide
vestimentaire pour les familles les plus démunies. À une époque où le look
est roi, l'uniforme scolaire serait une mesure d'égalité sociale
évidente et, de plus, structurante pour la jeunesse… A condition de lui
enseigner le respect… de l'uniforme », affirme ynugatev.
Choquée par les tenues vestimentaires des élèves, Martine
est favorable à un retour de l'uniforme. «Autrefois nous étions obligés
de mettre une blouse, cela ne nous a pas empêché de travailler et
d’être heureux. Actuellement, je vois les jeunes aller au collège, il
n’y a plus aucun respect : survêtement avec un côté remonté jusqu’au
genou ! »
Même réaction de la part de Paule : « Il faut
revenir à plus de sévérité et de règles d'éducation. Oui pour
l'uniforme, cela permet de ne plus avoir de tenues incorrectes des
filles et des garcons ». Egalement pour « la séparation des garçons et
des filles, comme cela ils pourront travailler mieux sans draguer et
auront des résultats supérieurs », elle prône également l’interdiction
des téléphones portables en classe et celle de fumer dans la cour. Un
avis partagé par Jacqueline, qui préconise aussi «
des cours d' instruction civique et la morale ! Rien de trop pour faire
respecter les adultes aux élèves ».
CONTRE
S'ils sont minoritaires, les opposants à l'idée de Xavier Darcos ne
mâchent pas leurs mots : « Il n'a pas d'autre chose à faire pour faire
plaisir à la droite pure et dure ?! » déplore Sylvette. «Débile», tranche Marie-Noëlle.
Le retour de l'uniforme scandalise Ghislaine : «
Après une loi où on veut séparer les filles des garçons, maintenant
c'est l'uniforme !!!! On va reculer jusqu'à quand dans l'éducation ???
Il vaudrait mieux refondre les programmes; que ces enfants sachent lire
et écrire (…). Et puis, vous souvenez-vous de ces blouses identiques ?
Et bien moi, j'en ai un mauvais souvenir. C'était une sorte de
ségrégation. Que trouvera demain M. Darcos pour se faire remarquer ?! »
Un avis partagé par JM : « A quand le retour des
châtiments corporels, coups de règle sur les doigts, fouet, ceinturon
???? Est-ce bien là qu'est le fond du problème dans notre éducation ?
J'en doute fort ! » Et Laurent, 53 ans : « Et
pourquoi pas le bonnet d 'âne, les genoux sur la règle, la fessée
déculottée devant toute la classe ? Bref, l'humiliation poussée à son
paroxysme... Et toujours autant d'analphabètes. Enfin à quand le retour
du service national ? Non, ça je ne veux plus le revivre (...) et
jamais pour mes petits enfants ! »
Une « idée saugrenue » pour Thierry : « Il y a
vraiment d'autres sujets que celui-ci à traiter. Que l'on s'occupe du
fond et de la qualité des enseignements plutôt que de se préoccuper de
la tenue des élèves.Que l'on exige un minimum de tenue pour tous ne
fait aucun doute, mais de là à créer un uniforme... »
Contre, Romane explique : « Peut-être que
l'uniforme met tous les élèves (sur le même plan), donc sans
discrimination par rapport aux vêtements, (mais) la différence fait la
vie courante.»