Quand six électeurs sur dix
n'ont pas voulu se déplacer pour aller voter, les commentaires des vainqueurs
comme ceux des vaincus sont dérisoires. 60% d'abstention, c'est un record
absolu. Quels que soient leur scores, tous les partis sont minoritaires. Un
seul ne l'est pas : le seul parti majoritaire, c'est celui des
abstentionnistes. Et, pourtant, avez-vous entendu beaucoup d'interviewés
dimanche soir se livrer à une autocritique ? Si certains ont tout de même
accepté de le faire, c'est du bout des lèvres, au ras des pâquerettes, jurant
comme toujours que l'on ne les y reprendra plus et qu'ils feront mieux la
prochaine fois. Pourtant, la désertion annoncée des électeurs n'aurait-elle pas
voulu qu'on aille, enfin, au fond des choses.
Simone Veil, qui fut la
première présidente du Parlement européen, annonçant et déplorant l'abstention
massive des électeurs, s'en consolait par avance en concluant : « Ce que
construit le Parlement, c'est la réalité durable de l'Europe. Elle existera de
toute manière : la légitimité d'une instance ne se mesure pas au taux de
participation d'un scrutin. » (JDD du
31/5/2009)
Mme Veil nous livre-là, avec
une fausse naïveté, la clef du désintérêt croissant de nos concitoyens pour l'Europe.
Que nous dit-elle en somme ? Que les électeurs peuvent voter ou non, cela ne
changera rien,......
l'Europe continuera sa marche en avant « de toute manière »
avec ou sans leur participation, sa « réalité durable » n'étant point
tributaire des aléas d'un scrutin, de l'intérêt ou de l'indifférence des
électeurs. Pourquoi ? Parce que sa « légitimité » est ailleurs. Mais comment
une démocrate peut-elle tenir un tel discours ? En France, depuis l'abolition
de la monarchie de droit divin, existe-t-il dans notre démocratie une autre «
légitimité » que celle du peuple s'exprimant par le suffrage universel ?
Aux yeux des eurocrates, la
légitimité de la « marche en avant » vers une Europe toujours plus intégrée s'inscrirait
dans un « sens de l'Histoire » qui irait vers l'effacement des nations dont le
génie singulier doit se fondre dans un magma indistinct et ce, par souci d'efficacité
politique et économique. La classe politico-médiatique, s'estimant dépositaire de
cette mission historique, se prend pour une élite éclairée s'opposant au populo
encore attaché à un patriotisme dépassé. L'électeur n'est donc là que pour
ratifier ce qui a déjà été décidé. Si l'on sacrifie encore au rituel référendaire,
c'est pour masquer qu'en réalité le citoyen n'a plus le choix.
Les électeurs votent « non
» à la constitution européenne ? On contournera leur verdict, concoctant un «
mini traité » que l'on ne soumettra pas à leur approbation, se contentant du
vote de cette « élite » que sont les députés. Ou, alors, on demandera aux
Irlandais qui ont dit « non », d'organiser de nouvelles consultations jusqu'à
ce que le « oui » s'ensuive. Ainsi, comme dit Simone Veil, « L'Europe
existera de toute manière ». Ce sera leur Europe.
Et voilà que ces mêmes
citoyens, dépossédés de tout pouvoir réel, sont convoqués pour élire leurs
représentants au Parlement européen. On les presse, on les exhorte : « Allez
voter, le destin de l'Europe est entre vos mains, choisissez vos élus et la
politique que vous voulez ! ». Et on les culpabilise : « Vous abstenir ?
Vous n'avez pas honte ? Après tout ce que l'Europe a fait pour vous ! »
Comment ces citoyens n'auraient-ils
pas l'impression qu'on se moque d'eux ? Car, enfin, ils savent que s'ils votent
« mal », on s'assiéra sur leur bulletin. Ils restent donc à la maison.
Imaginons qu'un jour, las d'être pris pour des gogos, les électeurs se
mobilisent massivement et envoient à Strasbourg une écrasante majorité
souverainiste, ou se réclamant de la droite nationale, qui déferait, maille
après maille, l'Europe telle que les eurocrates nous l'ont tricotée depuis des
décennies ? Que se passerait-t-il, à votre avis ? Il y a fort à parier que
demain, pas plus qu'hier, on n'en tiendrait compte ; on trouverait une nouvelle
astuce juridique, un vice de forme providentiel, pour exiger un nouveau
scrutin.
Le Bulletin d'André Noël , 23 rue Paul Vaillant-Couturier, 9700 Maisons-Alfort. Tel: 01 49 777 333 E-mail:
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