Comment
tenir les engagements du Grenelle et protéger l’environnement ? Un
récent rapport sur la publicité extérieure et les enseignes conseille
d’ouvrir à la concertation l’élaboration des règlements locaux de
publicité et de donner plus de moyens à la police de l’affichage. Ceci
alors qu’une nouvelle taxe locale sur les publicités extérieures doit
être mise en œuvre par les communes ou les intercommunalités.
Grenelle II : des publicités moins nombreuses et plus taxées
Comment
tenir les engagements du Grenelle et protéger l’environnement ? Un
récent rapport sur la publicité extérieure et les enseignes conseille
d’ouvrir à la concertation l’élaboration des règlements locaux de
publicité et de donner plus de moyens à la police de l’affichage. Ceci
alors qu’une nouvelle taxe locale sur les publicités extérieures doit
être mise en œuvre par les communes ou les intercommunalités.
L’installation
des publicités et enseignes est régie par la loi du 29 décembre 1979,
initiée par Michel d’Ornano. Le ministre de l’Environnement et du cadre
de vie soutenait alors que « la publicité ne sera définitivement
accueillie qu’à partir du moment où elle sera intégrée à la ville. Elle
doit donc être attrayante et organisée au lieu d’être agressive et
omniprésente ».Trente ans plus tard, force est d’admettre que cet
objectif ambitieux est loin de s’être concrétisé. Les entrées de ville
restent submergées de panneaux publicitaires. Les rond-points sont
émaillés de pré-enseignes indiquant l’emplacement d’un magasin, au
détriment parfois de la signalisation routière. Hors agglomération,
seule la publicité « signalant les activités particulièrement utiles
aux personnes en déplacement » est autorisée. Mais cette notion,
initialement limitée aux stations-services, garages, hôtels et
restaurants, s’est progressivement étendue à de nombreuses autres
activités, notamment aux grandes surfaces. Dans le cadre de
l’élaboration du projet de loi de transition environnementale, dite loi
Grenelle II, au sein du Conseil national du paysage (CNP), le sénateur
UMP du Calvados, Ambroise Dupont, a rendu un rapport sur « la publicité
extérieure, les enseignes et pré-enseignes », aux secrétaires d‘Etat à
l’Ecologie, Chantal Jouanno, et à l’Aménagement du territoire, Hubert
Falco. Ce rapport ne promet pas de révolution, mais une évolution et
une meilleure application de la législation existante. « Davantage que
le fond de la loi, c’est son application effective qui semble être
problématique, souligne le sénateur. Des lacunes sont constatées en
matière de police de l’affichage : exploitation insuffisante des
déclarations préalables, personnel trop peu nombreux pour dresser des
procès-verbaux, engager des procédures de mise en demeure et de
recouvrement de l’astreinte ». Les départements consacrent en moyenne
l’équivalent d’un demi-agent, en équivalent temps plein, affecté à la
publicité.
Limiter le nombre de panneaux
Au-delà de la loi, il est possible d’adapter la réglementation
nationale au contexte local par l’instauration d’un Règlement local de
publicité (RLP). En 2007, 1 335 règlements locaux, dont 62
intercommunaux, concernaient 27,7 millions d’habitants, soit 47 % de la
population française. Mais ces RLP restent une procédure lourde et
insatisfaisante. Le groupe d’élaboration notamment n’implique pas
suffisamment les citoyens. Le sénateur Ambroise Dupont conseille
d’intégrer la procédure de réglementation de la publicité aux documents
d’urbanisme (PLU) faisant l’objet de concertation. Il souhaite
favoriser l’intercommunalité dans ce domaine, tout en laissant le
devoir de police à la charge des maires. Le rapport préconise que les
panneaux publicitaires soient limités en taille, en nombre et en
densité avec des critères variables selon différentes zones et que les
pré-enseignes soient intégrées à la signalisation d’information locale,
panneaux indiquant les services publics ou les lieux d’intérêt d’une
commune, qu’il souhaite limiter à six par carrefour puisque « les
systèmes de GPS se banalisent ». Enfin, le sénateur du Calvados demande
plus de transparence sur le mobilier urbain, notamment les sucettes ou
panneaux Decaux, « dont le nombre et les emplacements gagneraient à
être précisés dans le règlement local ». « Ces dispositifs sont
disposés dans les zones les plus fréquentées et encombrent les espaces
publics. L’information locale (plan de ville, par exemple) figurant au
dos de la publicité commerciale est peu visible, et l’intérêt des
messages communaux (vœux du maire…) parfois limité ». Le sénateur
souhaite que l’Etat, par circulaire, conseille aux communes « de faire
montre de plus de vigilance lors de la passation des contrats, en
limitant leur durée et le nombre de emplacements ».
Taxe locale sur la publicité extérieure
La loi du 4 août 2008 de modernisation de l’Economie, (LME), a modifié
le régime des taxes locales relatives à la publicité extérieure. Il
existe dorénavant un taxe unique, la taxe locale sur la publicité
extérieure (TLPE), qui remplace la taxe sur les emplacements
publicitaires (entre 13,8 euros et 42,7 euros/m2, 25 millions d’euros
en 2006 pour les communes) et la taxe à l’affiche (jusqu’à 40 euros/m2,
15 millions d’euros pour les grandes villes en 2006). Ces nouvelles
dispositions sont entrées en vigueur au 1er janvier 2009. L’assiette de
la taxe n’est plus limitée aux affiches et emplacements, mais aussi aux
enseignes et pré-enseignes. De ce fait, le produit de la taxe devrait
être sensiblement augmenté, notamment par la taxation des enseignes de
grandes surfaces. « Cette mesure permet d’établir une cohérence avec le
fait que l’impact visuel des publicités et des enseignes est le même et
contribue au sentiment de prolifération et de pression publicitaire »,
note Ambroise Dupont. Le nouveau périmètre de cette fiscalité doit
entraîner les communes, ou les intercommunalités, à mener un
recensement des affiches et panneaux publicitaires, des enseignes
parfois lumineuses et des pré-enseignes qui sont implantés sur leurs
territoires. Ce recensement permettra de recouvrir plus complètement
cette taxe, que la précédente basée sur une déclaration annuelle et
sans moyens de coercition. Pour le sénateur, ces ressources
supplémentaires devraient être affectées à la police de l’affichage.
L’article 6 de la convention signée en 2008 entre le ministère de
l’Ecologie et la Fédération des entreprises du commerce et de la
distribution (FCD) promet de « limiter les impacts visuels sur le
paysage et les écosystèmes ». Mais dans ce domaine comme dans d‘autres,
l’autorégulation n’est pas forcément la meilleure garante du respect de
l’environnement, le droit de regard des citoyens sur une législation
précise et adaptée au territoire est probablement un bien meilleur
atout pour faire respecter une législation plus « verte ».
Claude BELIN
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