Blog d'Yvan Rioufol - Le Figaro
Bloc-notes: la libération de la parole affole les censeurs
Il va être difficile, en 2010, de faire taire le peuple. Les censeurs,
qui insultent à tours de bras ceux qui, de plus en plus nombreux,
refusent d'emprunter leurs parcours fléchés, ne stopperont pas la libération de la parole, dont s'effrayent SOS-Racisme
et ses élèves. La glasnost tant attendue s'impose comme l'acquis
politique de 2009. Les pandores ont raison de craindre cette
révolution : ils y laisseront des plumes. Les épurateurs éthiques vont
beaucoup hurler, en agitant Vichy, la Shoah et autres outrances. Mais
ils n'empêcheront plus de penser autrement. Cela ressemble déjà à une
délivrance.
Drôles de démocrates que ces "progressistes" qui ne supportent pas la parole des autres. Après avoir injurié les Suisses, coupables de s'être prononcés par référendum contre les minarets, ils réclament l'arrêt du débat sur l'identité nationale, qualifié de nauséabond, raciste, islamophobe. Éric Besson,
ministre de l'Immigration, a eu beau jeu de leur faire remarquer,
mardi, la bonne tenue des commentaires. "Le débat ne se focalise pas
sur l'immigration et l'islam", s'est-il même défendu. Serait-ce donc
honteux d'aborder ces sujets ? Ces tabous, qui dissimulent d'évidentes
difficultés, sont devenus incongrus.
Le politiquement correct est tellement enraciné
chez nos mandarins, que s'annoncent, de leur part, des résistances à la
mesure des audaces des affranchis. Mais la pensée obligée traîne trop
d'échecs, dont l'obamania n'est qu'un aperçu, pour
prétendre encore à l'exemplarité. Ce qui aurait pu être un utile code
de civilités s'est mué en une idéologie au service des minorités. La
dérive autoritaire de ce conformisme, créateur de délits d'opinions et
de lynchages, l'a rendu insupportable. Internet, "bénédiction pour la démocratie française" (Raymond Boudon, Le Figaro, lundi) donnera-t-il le coup de grâce à l'oligarchie ?
Les bilans désastreux des doctrinaires et de leurs perroquets devraient les inciter à la modestie. La déculturation, le surendettement, la désindustrialisation
ne sont toujours pas au cœur de leurs préoccupations alors que ces
déclins désespèrent les gens. Les élites ne voient-elles pas qu'elles
parlent le plus souvent dans le vide ? Leur discrédit est tel que même
le discours maternant de l'État sur la nécessité de se faire vacciner
contre la grippe A n'a pas été jugé crédible par une majorité de Français. Quand un pays rechigne ainsi, il faut l'écouter dare-dare.
"Pas de Français de souche" !!!
Éric
Besson, qui aura tenté brièvement de s'échapper du moule, est-il
certain d'avoir bien entendu les Français et de parler en leur nom ?
Lundi, à La Courneuve, il a dit : "La France n'est ni un peuple, ni une
langue, ni un territoire, ni une religion, c'est un conglomérat de
peuples qui veulent vivre ensemble. Il n'y a pas de Français de souche,
il n'y a qu'une France de métissage." Mais qui a décidé de ces
bouleversements qui coupent les racines d'un trait de plume ? Personne,
sinon ces mêmes faiseurs d'opinion. C'est à eux que s'adresse le
ministre en leur récitant, pour preuve de sa reddition après l'épreuve
du feu, que la France n'est riche que de sa nouvelle diversité (voir mon blog). Le terrorisme intellectuel des coupeurs de têtes a décroché là son premier trophée de l'année.
"Diversité signifie déraciner les vieilles traditions qui excluent les gens et entravent la liberté des nouveaux venus", écrit Christophe Caldwell
dans un livre dérangeant qu'aucun éditeur français n'ose à ce jour
traduire ni publier (Reflections on the Revolution in Europe).
Journaliste au Financial Times, il est sur la liste noire de l'Inquisition : elle ne lui pardonne pas d'aborder la difficulté que rencontre l'Europe avec l'islam et
de répondre par la négative à la question : le Vieux Continent peut-il
rester le même avec en son sein des peuples différents ? Mais c'est ce
que Besson semble admettre quand il renonce à maintenir un seul peuple
en une nation. Ce réalisme est défendable, même s'il s'apparente à un
renoncement. Mais que reproche-t-il au juste aux "Français de souche" ?
En fait, les palinodies sur l'identité nationale rendent le discours public de plus en plus incohérent.
L'immigration est présentée comme un non-problème, mais il est aussi
admis qu'elle en pose beaucoup ; l'islam demeure intouchable de peur de
stigmatiser les musulmans (la critique du christianisme ou du Pape est,
elle, sans limite) cependant que la burqa est devenue indésirable ; le
chef de l'État parle d'"assimilation" et son ministre de l'Immigration
de "conglomérat de peuples". Quant au nationalisme, qui serait
différent de la défense de la nation, il ne serait une vertu que quand
les Palestiniens ou des peuples anciennement colonisés s'en réclament.
Qui comprend ?
Alléger les concours ?
Et qui comprend le gouvernement quand il assure ne pas vouloir de quotas dans les grandes écoles... tout en y défendant l'objectif de 30 % de "boursiers" ? Au nom de la non-discrimination, mot phare du nouveau catéchisme, Luc Chatel et Valérie Pécresse
se sont dits en effet favorables, cette semaine, à une réflexion sur un
allégement du contenu des concours de sélection (surtout en anglais et
en culture générale) dans l'enseignement supérieur. Un tombereau de
calomnies, amorcées par Richard Descoings, directeur de Sciences Po, est alors tombé sur la Conférence des grandes écoles,
qui a dit craindre, avec cette formule, une baisse du niveau des
connaissances. Quoi ! Oser défendre l'élitisme ! Cependant, il est à
parier que, là aussi, le bon sens des Français aurait des choses à dire
à cette pensée unique que Philipe Séguin, mort hier, détestait tant.