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Violence scolaire: les racines du mal Version imprimable Suggérer par mail
Cadre de vie - L'école
23-02-2010

Voilà donc que les feux de l'actualité se braquent à nouveau sur « la violence des scolaires ». Des professeurs sont agressés à l'intérieur même des établissements. Les « incivilités » de naguère font place à des faits qui, s’agissant d’adultes, elèveraient souvent de la Cour d’assises. Les victimes, poignardées, battues parfois à mort par des adolescents, ont au moins durablement traumatisées. La contagion de violence gagne même le primaire! Du coup, chacun se penche au chevet des lycées et collèges, parents d'élèves, syndicats d'enseignants, et, bien sûr, le gouvernement. Que faire ? Mettre des policiers en permanence ? Des portiques de sécurité ? Des fouilles systématiques à l'entrée ? Multiplier les surveillants ou les « médiateurs scolaires » ?

Ce que toutes ces « solutions » ont en commun, c’est qu'elles sont purement techniques et qu'elles ne s'appuient sur aucun diagnostic quant à la source de la violence ; il est donc à craindre que, faute d'un juste diagnostic, les « remèdes » envisagés emeurent inopérants, cautère sur jambe de bois... Au demeurant, ils ne veulent contrecarrer que la violence physique ; or, ce dont souffrent la plupart des enseignants, c'est de la violence verbale, de l'injure systématique, des gestes obscènes. Et pourtant ls s’efforcent de fermer les yeux et de se boucher les oreilles de peur d’exclure la moitié de la classe !

Pour comprendre la situation, il faut donc prendre un peu de recul indispensable pour corriger une vision de myope. Souvenons-nous que, dans le sillage de « Mai 68 », on a prétendu ne plus « séparer l'école de la vie » ; les collèges et les lycées ne devant plus être des ilots protégés au coeur de la ville, on a, dans certaines cités, abattu les murs qui les clôturaient afin d'être de plain-pied avec la « vie réelle » (pour certains d’entre eux, on a dû en ériger de nouveaux depuis lors !).

Parallèlement était promue une « pédagogie non directive » ; l'enseignant n'était plus là pour transmettre un savoir mais pour accompagner l'élève – « l'apprenant » ! – dans sa créativité et l'aider à découvrir, à travers des activités ludiques... ce qu'il savait déjà, ou presque. L'école est à l’image de la ville dont le prince est un enfant ; tout ce qui procède de sa créativité est digne d'être loué ; il est le nombril du monde scolaire. Nouvelle illusion rousseauiste pédagogique : l'élève a remplacé « le bon sauvage ». Il n'a plus d'effort à fournir, il doit seulement écouter sa bonne nature à peine guidée par le « maître » devenu « animateur culturel ». On n'apprend plus par coeur « comme des perroquets », la volonté n'a plus à s'exercer, l'intelligence n’est plus la « mise en faisceau de connaissances ». Laissé à son indolence native, l’élève détournera contre les autres la violence qu’il aurait dû se faire à lui-même, favorisée par son oisiveté. Le savoir n'est plus une conquête sur l'ignorance mais une découverte de sa propre créativité, laquelle, plus proche du zéro que de l'infini, est la mère de l'analphabétisme contemporain.

Au même moment, une « sainte femme », Françoise Dolto, mère du chanteur Carlos, exerce une influence nationale démesurée dans tous les milieux par ses livres, ses interventions à France-Inter. Rares sont les parents qui n'ont pas subi directement ou indirectement sa néfaste influence. Ses conférences rencontrent une audience considérable, relayée par les journaux féminins, auprès des enseignants et des travailleurs sociaux.

Que dit-elle ? « Nous n'avons rien à imposer à nos enfants » car « nous n'avons aucun droit sur nos enfants » ;... « ses désirs ne sont jamais coupables »,... « la bagarre est nécessaire, et quand les enfants manquent d'enfants, les adultes leur servent d'enfants ; ils leur lancent des injures, parce qu'ils n'ont pas assez de temps pour dire des sottises avec leurs copains. Cela n'a aucune importance, mais pour certains parents, [c'est] humiliant, alors qu'en fait, pour les enfants, c'est un essai de faire de leurs parents des camarades ».

En conséquence, rien que de très normal quand un élève en agresse un autre, à l'école : « Cette agressivité vis-à-vis des autres enfants est à voir comme une recherche de prise de contact et non pas quelque chose de méchant » ; c'est pourquoi, poursuit Françoise Dolto, dans sa terrible logique : « Quand un enfant raconte comment il a été agressé, il faut toujours complimenter l'agresseur » et, corollaire, culpabiliser sa ... victime (sauf si c'est son propre enfant bien-sûr) en lui disant : « Il voulait entrer en contact avec toi, et tu n'as pas été capable de lui répondre » (sur ce sujet et pour les références de ces citations authentiques, on consultera avec profit le livre de Guy Baret "Comment rater l'éducation de votre enfant avec Françoise Dolto" (Ed. Ramsay 2003) ; on peut également aller voir la pièce très drôle qui en a été tirée « Allo, maman, Dolto », jouée actuellement, à Paris, au Mélo d'Amélie).

Les parents, mais aussi les enseignants d'aujourd'hui, ont tété de ce lait-là, soit directement pour les plus anciens, soit à travers l'éducation qu'ils ont reçue de parents sacrifiant à Dolto, pour les plus jeunes. Les conséquences sautent aux yeux : leurs enfants ou leurs petits-enfants se croient tout permis, aucune limite ne leur ayant été imposée par cette éducation permissive. L'enfant-roi est ainsi devenu l'élève-tyran.

Et puis, un peu plus tard, dans le sillage des « années sida », il y a eu la pseudo-éducation sexuelle que nous avons largement évoquée dans nos derniers numéros. Quel rapport avec la violence scolaire, nous direz-vous ? Celui-ci : la maîtrise de ses pulsions est un tout, comme l'est la formation de la personnalité. On ne peut, d'un côté, dire à l'école, et de plus en plus tôt, qu'il est normal d'assouvir ses pulsions sexuelles dès qu'elles se manifestent et, de l'autre, exiger ensuite de dominer sa colère et sa violence quand elles pointent. Apprendre à être maître de ses passions, n'était-ce pas de tout temps le but d'une éducation authentique où la volonté et l'intelligence devaient avoir le dernier mot ?

On dit d'abord aux jeunes
: laissez libre cours à vos désirs sexuels - du moment que vous portez un préservatif -c'est la nature qui parle, laissez-la s'exprimer ! Comment pourraient-ils, dès lors, comprendre, ou simplement entendre, que, lorsqu'ils sont en colère à cause d'une mauvaise note ou d'une remarque de leur professeur, ils doivent renoncer à laisser libre cours à leur instinct et dominer leurs sautes d'humeur, logiquement aussi innocentes à leurs yeux que leurs pulsions sexuelles ?

Nicolas Sarkozy, en campagne électorale en 2007, avait fait part de son intention d'en finir avec « l'esprit de mai 68 ». Le retour à une éducation normale eût été un bon point de départ. Hélas ! ce n'était qu'une velléité ;
il est douteux qu'il entreprenne ce chantier aujourd'hui, flanqué, d'un côté, de Carla Bruni et, de l'autre, de Frédéric Mitterrand...

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