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Aux Français de souche ! Version imprimable Suggérer par mail
Cadre de vie - Protection du patrimoine
23-02-2010

Or donc il paraîtrait, c’est la thèse officielle des princes qui nous gouvernent, que « le Français de souche » n’existe pas. Nous sommes tous, sinon des juifs allemands, comme disait Cohn-Bendit, il y a quarante et quelques années, ou des plombiers polonais, mais, au moins, des immigrés de plus ou moins fraîche date. La France historique, celle de Clovis, de Charlemagne et d’Hugues Capet, celle de Du Guesclin, de Jeanne, de Bayard et de Monsieur de Turenne, la France de Jean Bart, de Surcouf, de Victor-Marie Comte Hugo, de Péguy et de Foch, de Clemenceau et de Pétain, d’Honoré d’Estienne d’Orves et d’Alphonse Juin, la France de Jean de Lattre de Tassigny, de Leclerc de Hautecloque, d’Hélie de Saint-Marc et de Dupont père et fils, n’est qu’un immense mélange d’immigrés de toutes couleurs, de toutes races et de toutes religions, organisé en république sous le drapeau tricolore, selon la Déclaration des Droits de l’homme et du citoyen. Fermez le ban et rangez vos bannières, Martin ! Durand ! Kerdoncuf ! Lecourbe ! Lefranc ! Dugommier ! Guyot ! Trauchessec ! Dubois ! Pujol ! Sortez des rangs et jetez vos masques ! On vous connaît. Vous étiez, il y a trois générations, arrivant de Brest-Litovsk et de Bessarabie, en tribus errantes du Nord, du Sud et de l’Est, tous étrangers à votre propre histoire !

De qui se moque-t-on ?

Comme en réponse à ces propos absurdes, repris servilement par la presse rampante, courant plus servilement encore dans les dîners en ville, voici que me parviennent dans la même semaine, trois livres d’épaisseur inégale – carnets de guerre, souvenirs de guerre, et, sommet attendu et merveilleux, Dupont fils et père de Dupont, par Jacques Dupont.

Le point commun de ces mémoires est l’âge de leurs auteurs, entre 85 et 95 ans. L’autre point, c’est qu’ils ont fait la guerre, pour défendre cette coalition hétéroclite d’immigrés de tout poil qu’ils appelaient – et qu’ils appellent toujours – la France. Un troisième point est qu’ils s’appellent Chevallier, Récipon, et naturellement Dupont. Si j’osais, j’ajouterais le recueil de mon père, qui s’appelait, comme on s’en doute, Trémolet, et de mon grand-père, du même côté, qui, voyez-vous l’audace ? s’appelait encore Trémolet. Mon père, c’était la guerre de 39-45. Mon grand-père, celle de 14-18, à la fin de laquelle il mourut, à Gènes, de ses blessures, trente-six éclats de grenade (comme les chandelles) reçues en Serbie, dégénérant sur le chemin du retour en septicémie foudroyante. J’oublie les Corses, au nom plus exotique, mais tout de même français depuis 1769 par acquisition, depuis le Consulat et l’Empire par gloire militaire, depuis 14-18 par le sang versé (ô combien !).

Puisqu’on en est là, Bertrand, Copé, Sarko, Aubry, Strauss-Kahn, Royal, Fabius (le pas très catholique), Peillon, Valls, Hamon et Pécresse, faites voir un peu d’où vient votre lignée ! Alignez les services rendus ! Le travail ! Le sang ! La sueur ! Le débat, je le sens, va devenir intéressant.

Et pourtant, là n’était pas, initialement, mon propos.

Ce qui me frappe, c’est cette prolifération de souvenirs édités pour les familles, les amis, à titre privé, qui se remet de la main à la main, dont on parle de la bouche à l’oreille, comme un samizdat spontané des vieux Français de souche. Une résistance d’octogénaires. Une clandestinité de presque centenaires.

Souvenons-nous, il y a un demi-siècle, quand la Russie était encore sous la chape de plomb de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, on voyait, dans les églises, des vieilles babouchkas qui brûlaient un cierge, en priant, devant l’icône délaissée. Même la police politique ne faisait plus attention à elles. C’étaient des vieilles, et la vieille religion n’avait plus qu’elles, comme fidèles.

La prière et la mémoire de ces vieilles ont eu raison du totalitarisme le plus étouffant que le monde ait connu. Et la Pologne doublement écrasée sous les bottes successives du nazisme et du communisme a donné Jean-Paul II. Au siècle de l’apothéose juive, comme dirait Yuri Slezkine, ce sont encore ces renaissances chrétiennes et nationales qui font l’événement.

Nos vieux prennent le relais, enfin, chez nous, et dans le bleu de leurs yeux, où l’on voit de la lumière, passe le souvenir de l’invincible espérance. « Dupont aura un nom de plus en plus difficile à porter si les vertus qu’il implique, naguère banales, deviennent suspectes et attentatoires aux valeurs de la France de demain, dont un prophète nous a maintes fois révélé qu’elle n’est plus celle d’hier » : ainsi parlait Jacques Perret – œil bleu, moustache blanche, pipe et chapeau – au procès de Jacques Dupont, en 1961, devant le Tribunal militaire spécial. Tout était dit, déjà, pour aujourd’hui. Mais Dupont a continué à porter ces mêmes valeurs suspectes et à les faire claquer, ces valeurs, comme un oriflamme, à la barbe de tous les raseurs.

Récipon, qui est, dit-il, dans sa quatre-vingt-cinquième année, achève ainsi son bref récit : « Je n’ai pas cassé trois pattes à un canard, mais je suis celui qui est allé chez le Docteur Dugoujon le lendemain de son arrestation, je suis l’un des premiers à être entré dans Stuttgart, j’ai combattu dans la boue et le froid glacial pendant 8 mois, je suis l’un de ceux qui ont sacrifié leur jeunesse et mis leur peau au bout de leur fusil pour libérer la France et je suis celui qui est en vie non par chance comme on le pense généralement, mais par grâce divine obtenue par les prières de ma mère. » Et il ajoute, écoutez bien, comme c’est à la fois surprenant (apparemment) et très profond (au fond) : « Voilà au nom de quoi je défends Pie XII de toutes mes forces et que je demande à ceux qui n’ont pas fait la guerre de se taire et de mieux s’informer. »

Ainsi peut-on clouer le bec aux blancs-becs.

Il se trouve qu’ils ont fait souche, ces Français de souche, et que nous avons quelques raisons simples de les vénérer, de les admirer, et, pourquoi pas, de les continuer. Le gouvernement veut fermer, au plus tôt, et au moindre prix, son dossier sur l’identité nationale. On n’enferme pas le vent. On n’étouffe pas le feu en lui jetant la Déclaration des Droits, même gravée dans le marbre. Si les vieux se mettent à parler, à écrire, et si les jeunes les écoutent et les lisent, où donc s’arrêtera le mouvement ? Béranger, déjà, en pleine restauration bourbonienne, faisait chanter aux enfants :

« Bien qu’on dise qu’il nous ait nui,

« Parlez-nous de lui grand-mère,

« Parlez-nous de lui ! »

Et le culte a fleuri, du petit caporal, qui traversa l’océan pour reposer aux Invalides.

On n’arrête pas les souvenirs. Ils courent, ils s’amplifient. Ils s’enjolivent et ils nourrissent, au cœur de ceux qui les écoutent, ce sentiment d’où naissent les grands événements : la nostalgie.

La douleur du retour vers la patrie, vers le foyer, vers la maison, vers les anciens, vers les racines et vers la souche. Non, nous ne sommes pas des déracinés ! Non ! Nous n’avons pas « la désinvolture sadique des déshérités », comme disait mon maître Jean Ousset. Nous sommes ce que nous ne pouvons pas ne pas être, des fils de France depuis on ne sait plus combien de générations. Fils de Lozère ou d’Aveyron, de Bretagne ou d’Alsace, des Flandres, de la Lorraine et de la Picardie, du Hainaut et du Beauvaisis, de Haute et Basse Normandie ; Fils de Provence et de la Corse, du Languedoc et de Catalogne, du Berry et du Morvan, de la Bourgogne et de l’Auvergne, de la Vendée, de la Saintonge et des Charentes, d’Orléans et de Beaugency, de Notre-Dame de Cléry et de Vendôme, et, puis, aussi, de Paris qui est près de Pontoise.

J’en oublie. Vous les rajouterez, pour en faire une litanie que nous réciterons, chacun chez nous et tous ensemble, pour nous souvenir de là d’où nous venons, du quelque part où nous sommes nés, pas si imbéciles que le dit la chanson, mais certainement heureux de le savoir et de l’honorer.

Ah ! Ces souches, Messieurs-Dames qui prétendez nous gouverner, vous n’imaginez pas comme elles sont dures à arracher, et combien, même quand on croyait avoir enlevé toutes les racines, on les voit, au printemps inattendu, rejaillir insolemment. Les plus vieilles sont les plus résistantes, les plus cachées sont les plus fécondes.

Et le racisme, dans tout ça ? vont dire les ligues de vertu. Vous en faites quoi de la bête immonde qui se repaît de ces idéologies charnelles ?

Je vous donne la réponse. Elle n’est pas de moi. Elle est de Dupont, Jacques, et elle est publique, consignée par le greffier du Tribunal, au même procès, à la même date, il y a presque cinquante ans.

« Je suis là, moi, avec toute ma famille, la famille Dupont, pour témoigner à la famille Hernandez, à la famille Mohammed, à la famille Cohen, à tous les Français d’Algérie, quelle que soit leur religion, quelle que soit leur race, que nous pensons comme eux, que nous souffrons pour eux, que nous espérons comme eux, et que nous ne les abandonnerons jamais. »

Ils ont tenu parole, les Dupont. Ils sont comme ça. Et rien ne les changera. De vrais Français, vous dis-je, de souche !

JACQUES TREMOLET DE VILLERS

 
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