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De la Chandeleur à Mardi Gras Version imprimable Suggérer par mail
04-02-2008

La Chandeleur, le 2 février, nom populaire de la fête chrétienne commémorant la présentation de Jésus au temple, vient du latin festa candelarum (« fête des chandelles »), en raison de la bénédiction des cierges qui avait lieu ce jour-là.

Quarante jours après Noël, l’Église célèbre l'épisode rapporté dans l'Évangile de saint Luc de la présentation de l'Enfant Jésus au temple de Jérusalem comme le voulait la loi de Moïse pour tout garçon premier-né : le vieillard Siméon avait reconnu en l'Enfant Jésus la «  lumière pour éclairer les nations ».

Cette fête fut également appelée à la fin du viiie siècle « fête de la Purification de Marie », appellation que le calendrier romain de 1969 n'a pas retenue. À un moment charnière où les jours rallongent et où l'hiver bascule vers le printemps, la Chandeleur, centrée sur la lumière purificatrice, joue une fonction carnavalesque. La Chandeleur est connue pour ses crêpes, « rondes et dorées comme le soleil ».


1) La Chandeleur fut célébrée à Jérusalem dès le ive siècle et la procession des cierges – les « chandelles » – s'y ajouta en 450. Connue en Syrie et à Constantinople au vie siècle sous le nom d'« Hypapante » (mot grec, « rencontre ») – à cause de celle de Siméon et de l'Enfant Jésus –, cette fête religieuse fut ensuite célébrée à Rome au viie siècle sous le pape Sergius Ier, syrien d'origine, avec procession des cierges dès l'aurore entre le forum et Sainte-Marie-Majeure. Selon l'ethnologue Françoise Lautman, les cierges seraient à rapprocher des lampes funéraires que les Romains mettaient sur la tombe des ancêtres lors des Dies Parentales, du 13 au 21 février. L'emploi des torches cherchait à éloigner les esprits des ténèbres en ce mois de février (du latin februare, « purifier ») qui, à la fin de l'hiver, sous-entendait le réveil des forces chtoniennes. Dans le calendrier celtique, le 1er février correspondait à la fête d'« Imbolc » (de l’ancien irlandais, « lustration »), occasion d'un culte domestique pour protéger la maison et la purifier.

Les cierges bénits de la Chandeleur, investis d'un pouvoir surnaturel, sont gardés précieusement : ce sont des sacramentaux (objets souvenirs de cérémonies religieuses) dont on peut attendre certains effets spirituels. On les rallume encore aujourd'hui auprès d'un malade ou d'un défunt. Dans certaines régions (Provence, Auvergne…), au retour de la messe, on traçait autrefois une croix de fumée sur les portes des maisons « afin que le diable n'entrât pas par là ». Ils étaient également supposés éloigner les dangers liés au feu, en cas d'orage par exemple, comme les tisons de la bûche de Noël ou du feu de la Saint-Jean.

Comme Mardi gras ou la Mi-Carême, la Chandeleur occasionne la fabrication de pâtisseries obligatoires, expressions du printemps : crêpes, beignets, bugnes, oreillettes, mariottes ou gaufres… Faites de farine, de lait et d'œufs, ingrédients peu coûteux, les crêpes sont caractéristiques du carnaval. Elles servaient à prouver qu'on avait encore des réserves après l'hiver et jouaient un rôle protecteur : la première, lancée sur le dessus d'une armoire veillait à l'économie familiale. Selon la tradition, on doit garder à la main une pièce de monnaie en faisant sauter cette première crêpe, afin de s'assurer la fortune toute l'année.

 
2) Cette dernière fête familiale du cycle de Noël – c'est à la Chandeleur qu'on enlève la crèche en Provence – est suivie des jours gras, tournés, eux, vers l'extérieur.

À Marseille, la Vierge noire de la crypte de Saint-Victor, Notre-Dame de Confession ou Nosto Damo de fue nòu (de « feu nouveau »), est montée pour une semaine dans la basilique supérieure. Certains auteurs ont rapproché la couleur noire de la Vierge, phénomène fréquent de l'époque romane, de sa situation souterraine évoquant d'anciennes divinités glorifiant la terre mère noire et féconde. La déformation de son nom est à l'origine de la légende selon laquelle cette Vierge aurait été sculptée par saint Luc dans une racine de « fenouil ». Elle est en bois d'olivier en réalité, patinée par le temps et par la fumée des nombreux cierges verts réputés protéger de la foudre et aider aux accouchements.

Au retour de la cérémonie, les fidèles rapportent des « navettes » ou « barquettes de Saint-Victor », gâteaux secs allongés et fendus comme la barque de saint Lazare et des saintes Marie qui se serait échouée sur les côtes de Provence au début de l'ère chrétienne.
 
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