|
La
Chandeleur, le 2 février,
nom populaire de la fête chrétienne commémorant la présentation de
Jésus au
temple, vient du latin festa
candelarum (« fête des
chandelles »), en raison de la bénédiction des cierges qui avait lieu
ce
jour-là.
Quarante jours après Noël, l’Église célèbre l'épisode rapporté
dans
l'Évangile de saint Luc de la présentation de l'Enfant Jésus au temple
de
Jérusalem comme le voulait la loi de Moïse pour tout garçon
premier-né :
le vieillard Siméon avait reconnu en l'Enfant Jésus la « lumière pour
éclairer
les nations ».
Cette fête fut également appelée à la fin du viiie siècle
« fête de
la Purification de Marie », appellation que le calendrier romain de
1969
n'a pas retenue. À un moment charnière où les jours rallongent et où
l'hiver
bascule vers le printemps, la Chandeleur, centrée sur la lumière
purificatrice,
joue une fonction carnavalesque. La Chandeleur est connue pour ses
crêpes,
« rondes et dorées comme le soleil ».
1) La
Chandeleur fut célébrée à Jérusalem dès le ive
siècle et la procession des cierges – les « chandelles » – s'y ajouta
en 450. Connue en Syrie et à Constantinople au vie
siècle sous le nom d'« Hypapante » (mot grec,
« rencontre ») – à cause de celle de Siméon et de l'Enfant Jésus –,
cette fête religieuse fut ensuite célébrée à Rome au viie siècle sous
le pape Sergius Ier,
syrien d'origine, avec procession des cierges dès l'aurore entre le
forum et
Sainte-Marie-Majeure. Selon l'ethnologue Françoise Lautman, les cierges
seraient à rapprocher des lampes funéraires que les Romains mettaient
sur la
tombe des ancêtres lors des Dies
Parentales, du 13 au 21 février. L'emploi des torches cherchait à
éloigner
les esprits des ténèbres en ce mois de février (du latin februare,
« purifier ») qui, à la fin de l'hiver,
sous-entendait le réveil des forces chtoniennes. Dans le calendrier
celtique,
le 1er février correspondait à la fête d'« Imbolc » (de
l’ancien irlandais, « lustration »), occasion d'un culte domestique
pour protéger la maison et la purifier.
Les
cierges bénits de la Chandeleur, investis d'un pouvoir surnaturel, sont
gardés
précieusement : ce sont des sacramentaux (objets souvenirs de
cérémonies
religieuses) dont on peut attendre certains effets spirituels. On les
rallume
encore aujourd'hui auprès d'un malade ou d'un défunt. Dans certaines
régions
(Provence, Auvergne…), au retour de la messe, on traçait autrefois une
croix de
fumée sur les portes des maisons « afin que le diable n'entrât pas par
là ». Ils étaient également supposés éloigner les dangers liés au feu,
en
cas d'orage par exemple, comme les tisons de la bûche de Noël ou du feu
de la
Saint-Jean.
Comme
Mardi gras ou la Mi-Carême, la Chandeleur occasionne la fabrication de
pâtisseries obligatoires, expressions du printemps : crêpes, beignets,
bugnes, oreillettes, mariottes ou gaufres… Faites de farine, de lait et
d'œufs,
ingrédients peu coûteux, les crêpes sont caractéristiques du carnaval.
Elles
servaient à prouver qu'on avait encore des réserves après l'hiver et
jouaient
un rôle protecteur : la première, lancée sur le dessus d'une armoire
veillait à l'économie familiale. Selon la tradition, on doit garder à
la main
une pièce de monnaie en faisant sauter cette première crêpe, afin de
s'assurer
la fortune toute l'année.
2) Cette
dernière fête familiale du cycle de Noël – c'est à la Chandeleur qu'on
enlève
la crèche en Provence – est suivie des
jours gras, tournés, eux, vers l'extérieur.
À
Marseille, la Vierge noire de la crypte de Saint-Victor, Notre-Dame de
Confession ou Nosto Damo de fue nòu
(de « feu nouveau »), est montée pour une semaine dans la basilique
supérieure. Certains auteurs ont rapproché la couleur noire de la
Vierge,
phénomène fréquent de l'époque romane, de sa situation souterraine
évoquant
d'anciennes divinités glorifiant la terre mère noire et féconde. La
déformation
de son nom est à l'origine de la légende selon laquelle cette Vierge
aurait été
sculptée par saint Luc dans une racine de « fenouil ». Elle est en
bois d'olivier en réalité, patinée par le temps et par la fumée des
nombreux
cierges verts réputés protéger de la foudre et aider aux accouchements.
Au
retour de la cérémonie, les fidèles rapportent des « navettes » ou
« barquettes de Saint-Victor », gâteaux secs allongés et fendus comme
la barque de saint Lazare et des saintes Marie qui se serait échouée
sur les
côtes de Provence au début de l'ère chrétienne.
|