Monsieur Daniel CANEPA Préfet de
la Région Ile-de-France
29, rue Barbet de Jouy
75700 Paris CEDEX 7
Monsieur
le Préfet de Région
Suite aux problèmes
posés par l'enquête publique liée au relèvement du dernier palier avant prise
de l'ILS, vous avez pris l'initiative de créer le Comité Régional de
Concertation (CRC). Les associations dénoncent depuis de nombreuses années le
manque de concertation entre les acteurs du trafic aérien, les pouvoirs publics
et les représentants associatifs. Nous saluons donc cette initiative et nous
espérons qu'elle sera, enfin, le préalable à une véritable négociation vers une
réduction substantielle et durable des nuisances
aériennes sur la région la plus urbanisée du territoire français.
Lors de la réunion du 4 juin du CRC, le
manque de pertinence et de corrélation des indicateurs utilisés avec la gêne réelle des populations survolées, a été mise en
évidence par les associations. En conséquence, vous avez demandé aux
associations participantes qu'elles proposent des indicateurs avec lesquels
devra travailler la DGAC.
Toutes les
associations qui participent au CRC sont membres de la Convergence Associative.
C'est donc au nom de ce regroupement associatif que nous répondons à votre
demande.
Permettez-nous
de revenir quelques instants sur les fondamentaux qui ont donné naissance à la
Convergence Associative. La région Ile-de-France est en moyenne 10 fois plus
peuplée que le reste du territoire. C'est sur cette région que les pouvoirs
publics laissent se concentrer l'essentiel du trafic aérien (plus de 60% du
trafic commercial national). Nous demandons donc avec insistance pour
l'ensemble des aéroports de la Région Ile-de-France :
QUn
plafonnement en nombre de mouvements
QUne
réduction significative des vols nocturnes sur une période de 8 heures
consécutives
QLa
mise en place de trajectoires de moindres nuisances pour les approches et les
décollages
Le relèvement de
1 000 pieds du dernier palier avant prise de l'ILS n'est que l'une des
composantes de ce dernier point. Sur ce projet, nous dénonçons plusieurs
contre-vérités :
QPlusieurs documents des pouvoirs publics
annoncent que cette mesure vise à réduire les nuisances aux abords des
plates-formes aéroportuaires. Le relevé d'altitude se faisant à partir de 17 km
du seuil de piste, pour une prise d'ILS à 3 000 pieds (ou 23 km pour une
prise d'ILS à 4 000 pieds), cette mesure ne concerne que des
populations pour l'essentiel à l'extérieur du Plan d'Exposition au Bruit. Elles
ne concernent en aucun cas les populations directement riveraines.
QOn annonce une réduction de 50% des
nuisances, tendant à faire croire que cette réduction serait substantielle. En
fait, la DGAC donne au maximum une réduction de 0 à 3 dB et seulement sur une
petite portion de la trajectoire. Moins 3 dB, c'est, certes,une réduction de 50 % de la pression
acoustique ou de l'énergie sonore. Mais cela n'a rien à voir avec une
réduction de 50 % des nuisances perçues. (L'interrogation
des populations lors d'expériences de relèvement montre qu'une réduction
1 dB est à peine perceptible. 3dB sont "perceptibles" et il faut
6 dB pour que ce soit "net" et 10 dB pour que la réduction
soit "flagrante".
QDans la mesure où la majorité des populations
les plus touchées par les nuisances n'y trouve aucune amélioration, dans la
mesure où les populations qui bénéficieraient d'amélioration seraient peu
nombreuses par rapport aux populations du PEB, dans la mesure où certaines
populations voient leurs nuisances augmenter, nous pensons sincèrement que cette
remontée de 1 000 pieds n'aura qu'un impact marginal sur la réduction des
nuisances attendues par les populations concernées. Et nous redoutons que cette
amélioration très limitée soit anéantie par l'augmentation du trafic, notamment
sur la plate-forme de Roissy CDG.
QLa DGAC a donné des chiffres de comptage de
population qui datent du recensement de 1999 dans le cadre de l'enquête
publique d'Orly. Des chiffres plus récents devront être retenus pour la suite,
notamment l'enquête publique pour Roissy CDG.
Un indicateur doit
satisfaire plusieurs critères:
D'abord, il doit
répondre à l'objectif de l'étude. En mettant en place une mesure (exemple le
relèvement de 1 000 pieds), l'indicateur doit montrer si cette mesure est
positive, négative ou neutre.
Ensuite, sa
validité doit être reconnue, c'est-à-dire qu'il devrait exister une corrélation
entre l'indicateur et les effets sur la santé, notamment en matière de bruit.
L'indicateur doit
être facile à mesurer.
Il doit enfin être
transparent, donc facile à comprendre.
Dans le dossier
d'enquête publique du « Relèvement des altitudes des arrivées en
provenance du sud-est de l'aéroport de Paris Orly en configuration de vent
d'est » du 13 octobre 2009, la DGAC propose 4 indicateurs et donne un
bilan chiffré des populations survolées sur ces 4 critères :
Ql'enveloppe couvrant 95% des trajectoires en
dessous de 1981 mètres, 6500 pieds
la population impactée passe de 116 300
à 78 600 soit -32 %
Qzones survolées par au moins 30 avions par jour
en dessous de 1981 mètres
la population impactée passe de 30 700
à 24 600 soit -20 %
Qzones concernées par au moins 25 évènements
sonores par jour supérieurs à 65 dB (NA65)
la population impactée passe de 34 500
à 26 100 soit -24 %
Qzones concernées par au moins 25 évènements
sonores par jour supérieurs à 68 dB (NA68)
la population impactée passe de 11 300
à 8 800 soit -22 %
Au regard de ces résultats, nous pourrions penser
que la mesure est « globalement positive », puisque les
trajectoires nouvelles affectent moins de personnes et que les avions passent
plus haut, donc font moins de bruit. Mais :
Les 2 premiers, imposés par la loi sur les enquêtes
publiques, n'intègrent aucun niveau de bruit, ce qui est un défaut majeur.
Le
NA65 et le NA68 ne concernent que très peu de populations. Nous choisissons 25
évènements sonores quotidiens pour déterminer le seuil de déclenchement de la
gêne, mais en passant de 25 événements à 250 (c'est le cas pour certaines
communes), nous aurons le même indicateur, alors que les nuisances auront été
multipliées par 10. Le NA n'est donc pas, avec les paramètres choisis,
représentatif de la gêne des populations survolées. Un indicateur tel que le
NA60, mais qui évolue proportionnellement aux nombres d'évènements sonores
serait plus adapté à l'objectif que nous recherchons.
L'indicateur Lden, reconnu au niveau européen,
intègre le niveau sonore et la quantité des évènements, les différentes
tranches horaires de la journée (jour, soir, nuit). Le Lden 50 utilisé
pour l'élaboration des Plans d'Exposition au Bruit est trop élevé puisque les
populations concernées par le relèvement
de 1 000 pieds du dernier palier avant prise de l'ILS sont pour la plupart
situées à l'extérieur du PEB. Nous préconisons donc le Lden 45 auquel
nous souhaitons intégrer un correctif pour tenir compte de l'émergence et de la
répétitivité des évènements. En effet dans une zone rurale avec un bruit de
fond de 35 dB, le même évènement sonore provoquera une gêne plus importante que
dans un milieu urbain avec un bruit de fond de 50 dB. On peut construire la
courbe de bruit Lden 45 avec la situation actuelle, et donner cette courbe
simulée après la mise en place de cette mesure. Si cette dernière est
intégralement contenue dans la première, on considèrera que la mesure est
positive.
Pour conclure, nous voulons
insister, Monsieur le Préfet sur d'autres propositions comme la descente
continue qui permettrait des gains beaucoup plus importants pour l'ensemble des
riverains, sans avoir le grave inconvénient d'exposer aux nuisances des
populations aujourd'hui épargnées. Nous
sentons bien dans la mise en place de solutions vraiment efficaces, un blocage
de la DGAC et des contrôleurs aériens. Gardons à l'esprit que la plate-forme de
Londres Heathrow 1er aéroport européen, avec seulement 2 pistes,
réussit à faire 83 % de descente continue en journée et 93 % pendant
la nuit. Pourquoi ce qui est possible outre-Manche serait un problème
insurmontable chez nous ?
La Convergence Associative
souhaite que s'instaure une dynamique d'efficacité, lors d'une prochaine session
du CRC et qu'un véritable protocole de négociation soit enfin lancé. Restant à votre disposition pour une réunion
de travail avec la DGAC pour une conclusion définitive, nous vous prions de
croire, Monsieur le Préfet de région en notre profond respect.
Association Bien Vivre à Saint-Leu - Courriel:
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