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Pauvres lycéens, pauvre France ! Version imprimable Suggérer par mail
Qualité de vie - La vie des familles
25-10-2010

Tous les lycéens ne sont pas des casseurs et tous les casseurs ne sont pas des lycéens. Les casseurs, on les connaît bien ! Le cas, hélas ! banal, de ces voyous suscite moins d’étonnement que celui de lycéens qui manifestent contre une réforme dont ils ignorent totalement l’économie. La plupart d’entre eux, d’ailleurs, ne voient dans cette occupation de la rue qu’une occasion – dixit l’un de leurs professeurs – de sécher les cours et non l’affirmation d’un comportement « citoyen ». Ils ont 14, 15, 16 ou 17 ans. Et à quoi songent-ils ? A « défendre » une retraite à laquelle ils ne pourront prétendre que dans un demi-siècle ? En mai 68, d’autres jeunes voulaient « changer la vie » qu’ils avaient pourtant de plus en plus douce, l’époque étant au plein-emploi. Ils entendaient aussi changer la société ; ils criaient: « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi ! »

Mais la jeunesse est le temps des utopies impuissantes, des inconséquentes envolées romantiques, des élans « révolutionnaires » et autres confiseries idéologiques et infantiles du même ordre. Ils contestaient donc leurs parents, leur mode de vie, leurs valeurs. Et, aujourd’hui, à quoi aspirent nos jeunes ? Prosaïquement : à vivre comme papa et maman, avoir la retraire à 60 ans comme eux, une vie assurée, un emploi inamovible, de préférence dans le secteur public et protégé. Leur idéal, leur icône, ce n’est plus le si détestable Che Guevara, c’est Didier Le Reste, patron des cheminots CGT qui va partir à la retraite à 50 ans (!) avec une pension de 2.300 € alors que la moyenne des retraites, en France, s’établit à 1.050 €. Ça, c’est une vie réussie !

Bien entendu, aucun n’a lu le projet de loi. L’auraient-ils lu ? –pour ceux qui savent lire – qu’ils n’y  auraient pas compris grand -chose ; ne confondent-ils pas déjà député, sénateur et maire ? Ne disent-ils pas « Votre honneur » aux magistrats, comme dans les films américains ? Le seul argument qui leur apparaît être le comble du bon sens et que l’on entend développer dans chacune de leurs « interviews », est celui-ci : plus les « vieux » partent tôt à la retraite, plus ils libèrent d’emplois pour nous. On ignorait jusqu’ici que nos gamins faisaient preuve d’une telle hâte d’aller au boulot ! Ce qui s’écrit ainsi sur leur banderole : «Les jeunes au turbin, les vieux au jardin ». Perception fausse du problème ! Nos voisins d'Europe démontrent au contraire que le maintien de l’activité des seniors ne constitue nullement une entrave à celui des jeunes : plus élevé est l’emploi des premiers, meilleure est la situation des moins de 25 ans. Comme en Suède où le taux d'emploi des 55/64 ans est de 70 % et celui des jeunes : 38%. Comme en Allemagne où l'âge de la retraite à taux plein est de 65 ans et où 56% des seniors travaillent encore et 52% des jeunes sont au boulot. Nous Français, faisons pâle figure ; seulement 39% des seniors et 31% de nos jeunes travaillent. Et ils sont encore plus mal lotis comparés à leurs homologues néerlandais. Leur « raisonnement », c’est la queue de la comète des 35 heures dont le slogan était « travailler moins pour travailler tous » que la gauche a popularisé. C’est la conception socialiste et malthusienne du travail qui considère les emplois comme les parts d’un gâteau qu’il suffirait de distribuer équitablement, alors que, pour nourrir tout le monde, il faut accroître le gâteau, c’est-à-dire se mettre – eh ! oui – à travailler plus.

Mais ni les politiques, ni les syndicats – autant de démagogues ! – ne le leur disent. Il est vrai que nos ados ont « la comprenette difficilette » ! Et l’on ne rappelle pas non plus aux lycéens qu’avant de toucher ce salaire différé qu’est la pension de retraite, il faut d’abord avoir eu un salaire, et donc un travail. Ils veulent être assurés dès à présent des conditions dans lesquelles ils se reposeront avant même d’avoir travaillé ! Certes, le chômage est là, mais toutes les statistiques le prouvent : plus on a de diplômes ou de formation, moins longtemps on reste sur le carreau. Le devoir d’état de nos jeunes, en même temps que leur intérêt, n’est pas d’aller processionner dans les rues de nos villes mais d’étudier. Et puis, des emplois, il y en a encore ! Ne manque-t-on pas de bras dans la plomberie, le bâtiment, la restauration ou le service à la personne, notamment ? A ces activités, ils ne songent même pas ; ce serait une insulte à leur dignité qu’ils portent très haut. Ces garçons et ces filles veulent tous être journalistes (de préférence grand reporter à la télé, s’il vous plaît), avocats, chanteurs (à succès), mannequins, acteurs, médecins (mais « du monde »), à la rigueur cinéastes ou producteurs de films, voire, si l’on insiste, PDG, parce que ça rapporte. Et en dernier ressort, fonctionnaire ou para-fonctionnaire dans le secteur public.

Un dernier conseil à leur donner : s’ils veulent avoir une pension convenable et la préparer dans quelques années, le meilleur moyen, c’est de se marier et d’avoir beaucoup d’enfants qui leur paieront leur retraite. Nous n’avons rien entendu de ces évidences sortir de la bouche de nos politiques ; nul, à droite comme à gauche, ne les leur a rappelé. Pauvres lycéens mais aussi pauvre France qui n’a que la jeunesse qu’elle mérite.
 
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