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Depuis le 13 janvier dernier, jour où la France a perdu son triple A
– « les agences n’oseront pas nous dégrader en période électorale »,
prédisait encore début décembre un membre de ce gouvernement dont la
clairvoyance n’est plus à démontrer –, Nicolas Sarkozy semble avoir le
moral dans les talonnettes de ses chaussures...
La prestation réussie de
François Hollande dimanche dernier auprès de l’électorat de gauche a
semble-t-il contribué à éroder encore davantage la confiance du chef de
l’Etat en ses chances de réélection. Ce reste de confiance
« inébranlable » se serait-il écrasé dimanche dernier au Bourget ?
Beaucoup, à l’Elysée, après les ratés de son début de campagne,
pariaient sur l’effondrement à court terme de François Hollande dans
l’opinion de gauche. Mais l’épigone de François Mitterrand avait bien
retenu la leçon de son mentor : au parti socialiste, que ce soit lors
d’un congrès ou du premier tour d’un scrutin, une élection se gagne à
gauche. Après, selon les circonstances, on avise… Si le contenu du
discours de François Hollande, avec son salmigondis de promesses
invraisemblables, tempéré de-ci de-là par un bémol écrit à l’encre
sympathique, a fait ricaner la droite, la forme du laïus, dessinée elle
au crayon rouge, quasiment calquée sur ceux que prononçait François
Mitterrand (avant mai 1981), a en revanche séduit l’électorat de gauche.
Tous derrière le candidat socialiste brandissant le chiffon rouge… Et à
gauche toute ! Même les électeurs de Mélenchon – c’était le but de
l’opération – ont été impressionnés. Hollande, qu’on se le dise, avec
ses costumes de notaires provinciaux et ses lunettes d’employé du
cadastre, fait trembler Wall Street et la City ! Les financiers à la
lanterne ! Suffit maintenant au candidat de gauche de maintenir
l’illusion jusqu’au 8 mai prochain. Et peut-être un peu au-delà, le
temps des législatives. Fini Flamby, voici Che Guevara en version
corrézienne. Après, comme en 1983, les promesses n’engageant que ceux
qui y croient, il sera toujours temps de changer de cap. Avec peut-être
le retour de Strauss-Kahn au ministère à Bercy pour rassurer le monde de
la finance ?
A cette succession de mauvaises nouvelles s’ajoutent pour l’actuel
président, semaine après semaine, outre la montée du chômage, des
sondages calamiteux. Le dernier en date le montre, question crédibilité,
derrière François Hollande sur presque tous les sujets. « Le
candidat du PS est toutefois devancé par Marine Le Pen sur les questions
de l’insécurité et de l’immigration, mais il précède, en ces matières,
Nicolas Sarkozy. » Ses chevaux de bataille de 2007 se dérobent donc
sous lui. Il faut dire que Guéant en ce domaine a fait très fort.
Assurer que la délinquance baissait quand les cambriolages, les vols
avec violence, les escroqueries à la carte bleue et les « incivilités »
explosent partout – sans parler des balles perdues lors des règlements
de comptes à la kalachnikov entre délinquants – c’était un peu fort de
café. Certes, au mensonge par la parole ou par omissions, nos
contemporains ont ajouté une façon de mentir plus sophistiquée : le
mensonge des statistiques, auxquelles on fait dire à peu près tout et
son contraire. Cela dépend des données que l’on fait entrer dans le
ventre des ordinateurs. Mais encore faut-il user de ce genre de
comptabilité mensongère avec un minimum de doigté et de subtilité. Les
Français ont vraiment eu l’impression, en entendant Guéant leur balancer
des chiffres maquillés comme le bilan d’un vendeur de voitures
d’occasion, que le ministre de l’Intérieur se payait leur tête.
Grossièrement.
Sur les bulletins de vote de l’élection présidentielle, d’autres
chiffres que ceux (bidon) de la lutte contre l’insécurité risquent de
peser également très lourd : ceux par exemple de la fiche de paye des
Français, du prix de l’essence, des loyers, et ceux des tickets, eux
aussi en hausse constante, aux caisses des supermarchés. Les capitales
européennes, et notamment Berlin, commencent à préparer l’après Sarkozy.
Pas étonnant que dans des conditions aussi sombres, l’aile d’une
possible défaite (d’une défaite annoncée disent certains) commence à
effleurer, pour la première fois, le chef de l’Etat. Ses confidences aux
journalistes prennent depuis quelques jours une teinte crépusculaire.
« De toute façon, je suis au bout. Dans tous les cas, pour la première fois de ma vie je suis confronté à la fin de ma carrière. »
Que ce soit dans quelques mois ou dans cinq ans. La partie la plus
bourgeoise et la plus vieillissante de son électorat ne cache même plus
son souhait de voir François Fillon porter en avril prochain les
couleurs de l’UMP, à la place d’un Sarkozy à bout de souffle.
A son vieil ami et confident Brice Hortefeux, le chef de l’Etat
aurait confié que, s’il était battu, « il arrêterait la politique ».
L’ancien ministre de l’Intérieur lui aurait alors conseillé, en cas de
défaite, de reprendre l’UMP. Consternation. « Le
président n’en veut pas. Vous voulez que j’anime des sections de
l’UMP ? Je ne mérite pas ça. Je préfère encore le Carmel. Au Carmel au
moins il y a l’espérance. » Il est vrai que les élus de l’UMP
sont franchement désespérants. Tout comme d’ailleurs les membres du
gouvernement issus de leurs rangs, qui ont également beaucoup contribué à
désespérer le peuple français. Le Comité de Ripostes de l’UMP
semble incapable de répliquer de façon convaincante au projet
« abracadabrantesque » du candidat socialiste. Il a fallu que le
président candidat (toujours non déclaré) et son Premier ministre Fillon
s’y collent tour à tour. Pour le chef de l’Etat : « Ce projet est une attaque contre les classes moyennes et la France qui travaille. »
Et de citer en vrac : la suppression du quotient familial pour les
hauts revenus, l’indexation du prix de l’énergie sur le niveau de
revenu, le deuxième impôt progressif issu de la fusion de la CSG avec l’impôt sur le revenu…
Fillon, de son côté, estime que la proposition de François Hollande
d’un rétablissement de la retraite à 60 ans « en maintenant 41 années
d’annuité » coûterait « autour de 20 milliards » par an. Crise ou pas, les socialistes demeurent toujours aussi dispendieux…
L’apparente lassitude de Sarkozy est-il un véritable coup de blues
ou relève-elle du « coup de com » ? Une opération d’intox nous rappelant
sur le mode mineur le fameux « chantage » du général De Gaulle : moi ou
le chaos ! L’ennui pour le chef de l’Etat c’est que beaucoup de
Français, y compris dans son propre camp, semblent avoir tendance à
penser : le chaos c’est lui… Sans être aussi malveillant et catégorique,
on se contentera de souligner l’aspect chaotique de son bilan : ce
qu’il bannissait formellement cinq ans auparavant et qu’il prône
aujourd’hui comme des panacées… Par exemple la TVA sociale ou la taxe Tobin. Si ce n’est pas tout à fait le chaos, ça y ressemble tout de même un peu.
Sarkozy racole le Nouveau Centre
L’UMP, à la demande de l’Elysée, a choisi
mardi de ne pas investir de candidat lors des prochaines législatives
dans la circonscription de l’Eure, détenue par Hervé Morin, également
candidat du Nouveau Centre à la présidentielle. Un candidat lâché par
les siens et crédité dans les sondages de 0,5 % des intentions de vote.
Une bonne manière que les instances de l’UMP
ont décidé de faire à d’autres élus NC qui se sont engagés à soutenir
Nicolas Sarkozy dès le premier tour de la présidentielle, comme par
exemple André Santini, Jean-Christophe Lagarde et les ministres en
exercice François Sauvadet et Maurice Leroy. En revanche l’UMP
investira un candidat dans les circonscriptions de plusieurs députés du
Nouveau Centre ayant refusé (pour le moment) d’apporter leur soutien à
Nicolas Sarkozy. L’absence de candidat UMP
face à Hervé Morin démontrerait donc que l’ancien ministre de la Défense
se serait engagé après du président de la République à ne pas aller
jusqu’au bout de sa candidature. Un Hervé Morin qui semble d’ailleurs en
pleine confusion mentale, affirmant avoir assisté au débarquement des
Américains en Normandie alors qu’il est né dix-sept ans plus tard, en
1961. Trop jeune même, pour avoir quelque souvenir du tournage, à
l’époque, du célèbre film Le Jour le plus long… Ou Morin est un
menteur pathologique ou il n’a aucune notion de la chronologie de
l’histoire contemporaine. Mais que Nicolas Sarkozy prenne la peine de se
livrer à un marchandage avec un tel zozo, montre bien le désarroi dans
lequel se trouve actuellement le président de la République.
JEAN COCHET
Article extrait du quotidien Présent n° 7526
du Jeudi 26 janvier 2012
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