Le 2 février, lors d’un débat animé au
Palais-Bourbon, plusieurs députés de l’opposition ont dénoncé le manque
de transparence et l’insuffisance des contrôles des partenariats
public-privé. Le ministre de l’Industrie, Éric Besson, a défendu ces
contrats qui ont permis la réalisation de 18 milliards d’euros
d’investissements publics depuis 2002....
Le 2 février, lors d’un débat animé au
Palais-Bourbon, plusieurs députés de l’opposition ont dénoncé le manque
de transparence et l’insuffisance des contrôles des partenariats
public-privé. Le ministre de l’Industrie, Éric Besson, a défendu ces
contrats qui ont permis la réalisation de 18 milliards d’euros
d’investissements publics depuis 2002.
Les députés du Front de gauche, emmenés par le communiste Roland Muzeau,
vont demander une commission d’enquête parlementaire sur le nouveau
centre hospitalier sud-francilien, construit en partenariat public-privé
(PPP) et qui vient d’ouvrir ses portes dans l’Essonne. Selon le député,
qui participait le 2 février au débat
de l’Assemblée nationale sur les PPP, la création de l’hôpital
sud-francilien, présenté comme le fleuron de la politique hospitalière
du gouvernement, a “tourné au cauchemar”.
L’établissement, construit par le groupe Eiffage et qui a ouvert ses
portes fin janvier avec huit mois de retard, a fait l’objet de 8 000
malfaçons, a rappelé Roland Muzeau, qui a égrené une série de chiffres à
l’appui de son argumentation. La polémique a d’autant plus enflé
qu’Eiffage a réclamé une rallonge de 100 millions d’euros et que le
loyer dû par l’État dès 2011 a été réévalué de 29 à plus de 40 millions
d’euros annuels… Ce loyer devra être payé pendant trente ans, avant que
l’État ne devienne propriétaire de l’établissement. Roland Muzeau a
stigmatisé “l’échec” de ce partenariat public-privé qui “n’a pas permis
de réaliser l’établissement plus vite et à moindre coût”. En séance,
l’élu des Hauts-de-Seine a exigé la communication des termes du contrat
actuel.
Contrat Balard, “secret-défense” ?
Le 31 janvier, ce sont les députés de la commission de la défense de
l’Assemblée nationale qui sont montés au créneau pour demander au
ministère de la Défense l’accès au contrat du chantier Balard,
soulignant l’importance d’un suivi politique et technique de cet autre
PPP. Coûts, délais, efficacité… Les rapporteurs, Bernard Cazeneuve (PS) et François Cornut-Gentille
(UMP), regrettent de ne pas avoir obtenu du ministère de la Défense le
contrat final du PPP pour mener à bien leur mission de contrôle. Ils
demandent à lever “toutes les incertitudes sur ce dossier”. Faute
d’avoir été conçu après une “étude comparative digne de ce nom”, le
projet Balard est “très coûteux et porteur d’incertitudes”, a pointé le
socialiste Daniel Boisserie.
De son côté, Jean-Jacques Urvoas, a concentré ses attaques contre les PPP portant sur les prisons. “Alors
que le gouvernement justifie son choix par la surpopulation carcérale,
la Cour des comptes relève que si l’insuffisante capacité d’accueil des
prisons est une difficulté majeure, la démonstration que cette
difficulté soit le résultat d’une incapacité de l’administration à la
résoudre sans le recours aux PPP ne paraît pas avérée”, a mis en avant le député PS du Finistère.
18 milliards d'euros d’investissements
Interpellé par ces attaques, le ministre de l’Industrie, Éric Besson, a défendu les “PPP à la française”, et plus particulièrement les contrats de partenariat. “Le
marché du PPP a généré 18 milliards d’euros d’investissements depuis
2002, dont près de 12 milliards correspondant à 120 contrats signés pour
le seul contrat de partenariat”, a-t-il souligné. Cela reste peu en
chiffres absolus comme en pourcentage de la commande publique, qui
avoisine les 90 milliards d’euros par an. Pour donner des gages aux
députés, le ministre a toutefois appelé à une “sélectivité accrue (…)
dans le choix des projets à engager et dans le choix du contrat de
partenariat par rapport aux modes traditionnels de la commande publique”.
La famille des PPP recouvre plusieurs outils juridiques, développés en
France depuis une dizaine d’années : le bail emphytéotique hospitalier,
le bail emphytéotique administratif et, depuis l’ordonnance de juin
2004, le contrat de partenariat. Ce dernier est un outil transversal
ouvert à tous les niveaux de collectivités publiques et à toutes les
problématiques sectorielles. Le contrat de partenariat constitue la
forme la plus aboutie et la plus encadrée des PPP. Sans que cela soit
suffisant pour empêcher toute dérive.
Xavier Sidaner http://www.acteurspublics.com