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Dans Le Monde, 7 mars 2008 - Un scrutin peut en cacher un autre
Département ou région ? Le débat dure depuis les
années 1950, quand on a défini, pour aménager le territoire, des
"régions de programme", devenues les actuelles régions. Il remonte aux
querelles entre jacobins et girondins pendant la Révolution, il y a
plus de deux siècles.
Les républicains qui mettent la nation
au-dessus de tout sont centralisateurs et préfèrent que les pouvoirs
locaux soient aussi fractionnés que possible, avec une centaine de
départements. Ceux qui ont une vision plus fédéraliste de la République
souhaitent renforcer les régions. Ils jugent que le département est
aujourd'hui obsolète.
La conception jacobine continue à prévaloir, même si les
compétences des régions n'ont cessé de s'étendre depuis vingt-cinq ans.
L'annonce de la suppression prochaine des numéros de département sur
les plaques d'immatriculation des autos et des motos a provoqué des
protestations. Quand, en janvier, la commission sur la "libération de
la croissance", présidée par Jacques Attali, a remis ses
recommandations à Nicolas Sarkozy, celui-ci a aussitôt écarté l'idée de
supprimer le département. "Dans
un monde qui est devenu un village, cela coûte beaucoup plus cher de
perdre son identité que d'accumuler des strates de collectivités",
a déclaré le président de la République, en réponse à ceux qui estiment
qu'entre la commune et la nation, en passant par les structures
intercommunales, les "pays", les départements et les régions, il y a au
moins un niveau de trop.
Plus d'un tiers des Français négligent
pourtant les élections cantonales, qui renouvellent par moitié, tous
les six ans, les conseils généraux. Ceux-ci ont un rôle important dans
les domaines de l'action sociale, de l'entretien des routes, de
l'éducation (collèges), du développement local, de la culture et du
tourisme. Les élections qui auraient dû avoir lieu en 2007 ont été
retardées d'un an, comme les municipales, en raison de l'encombrement
du calendrier. Dans la série des cantons pourvus en 2001, les électeurs
seront appelés à voter deux fois, le 9 mars et souvent le 16, au second
tour, pour désigner leurs conseillers municipaux et leurs conseillers
généraux. Sauf à Paris, dont le conseil est à la fois municipal et
général, la capitale étant une commune et un département.
Associées
à d'autres élections – municipales ou régionales – depuis dix ans, les
cantonales n'intéressent pas beaucoup les médias. Elles ont pourtant
leurs fidèles parmi les électeurs, surtout dans les zones rurales, où
le canton a plus d'importance qu'en ville. Moins "politisé", ce
scrutin fait la part belle aux personnalités locales, sans
considération de leur engagement partisan. L'élection des présidents
des conseils généraux par les conseillers, à bulletins secrets, réserve
ainsi des surprises.
Longtemps dominés par la droite, les
conseils généraux le sont aujourd'hui par la gauche, qui en préside 51
sur 101. Le parti socialiste espère progresser encore et enlever à la
majorité l'Indre-et-Loire, la Somme, le Lot-et-Garonne, les Deux-Sèvres
(où est élue Ségolène Royal) et la Charente-Maritime. François Hollande
rêve de l'emporter en Corrèze et de devenir ainsi le "patron" de ce
département qui fut le fief de Jacques Chirac. En Seine-Saint-Denis,
Claude Bartolone met tout en œuvre pour devancer le parti communiste et
lui ravir l'un des deux derniers conseils généraux qu'il préside, avec
celui du Val-de-Marne (que lorgne la droite). Le PCF se rassure en
pensant que, dans l'Allier, un changement de majorité pourrait le
réinstaller à la tête d'un département où prospérait autrefois un
communisme rural.
La droite croit possible de regagner des
conseils généraux dont la présidence se joue à un siège. C'est le cas
en Seine-et-Marne, dans le Cher et dans le Doubs. Elle aimerait
récupérer aussi l'Oise et les Pyrénées-Orientales. Elle vise la Drôme,
reprise par les socialistes en 2004, et le Territoire de Belfort,
longtemps dominé par Jean-Pierre Chevènement et ses amis du MRC,
aujourd'hui en conflit avec le PS local.
La majorité convoite
enfin les Hautes-Alpes, qui a la particularité d'être l'un des trois
conseils généraux, avec ceux de l'Ardèche et de Mayotte, à ne compter
dans ses rangs aucune femme. Seuls 10 % des quelque quatre mille
conseillers généraux du pays sont des femmes. La loi oblige désormais
chaque candidat à se présenter avec un suppléant du sexe opposé, mais
il faudra du temps pour que les départements respectent la parité. Il
est vrai qu'ils semblent avoir l'éternité devant eux.
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