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Avec l'Armée rouge et General
Motors, l'Éducation nationale française a longtemps été dans le trio de tête
des premiers employeurs de la planète. La disparition de l'Union soviétique a
eu raison de la première ; l'évolution du marché automobile a beaucoup affaibli
le constructeur américain. Preuve que le monde change. Pourtant, l'Éducation
nationale, elle, demeure. Hors du temps.
Ses effectifs ont continué d'enfler
comme si de rien n'était. Or, la démographie scolaire dans notre pays est en
baisse et nos comptes publics sont à sec. Pour 1,3 million de personnes, dont
800 000 enseignants, le budget du ministère a augmenté de dix milliards d'euros
depuis 1997.
Cherchons l'erreur, pour ne pas dire les raisons du scandale.
Évidemment, maîtres et
professeurs, qui distillent leur grogne aux élèves, se bouchent les oreilles.
Crient au mensonge. Et ils seront encore dans la rue aujourd'hui pour que
triomphe l'immobilisme. Non au service minimum à l'école, malgré son
approbation par une majorité de parents. Non aux suppressions de postes. Non à
tout changement, comme il en est ainsi depuis les années 1970. C'est
intolérable.
Il est juste
et nécessaire que l'Éducation nationale soit la priorité des priorités.
L'avenir de la France en dépend. Mais la fin ne justifie pas les moyens. Prisonnière
d'une doctrine entretenue par des syndicats majoritairement de gauche, elle
privilégie depuis trop longtemps le quantitatif sur le qualitatif, la démagogie
sur le service au public. Au final, un lycéen coûte cher - 50 % de plus qu'il y
a quinze ans -, travaille beaucoup,pour une formation médiocre, si l'on en croit les classements internationaux.
Il est urgent de revoir la copie.
Ce sombre
constat est partagé par la plupart des observateurs, mais bien peu de
ministres, faute de courage, de soutien ou de méthode, ont su ou pu redresser
la barre. Xavier Darcos ne ménage pas sa peine. Il doit tenir. Du primaire au
secondaire, les chantiers ne manquent pas. Parents et enseignants ne sont pas
pris en traître. La feuille de route est connue depuis plus d'un an. Le
dialogue est ouvert.
Comment comprendre, par
exemple, l'entretien de bataillons de professeurs qui voient rarement un élève
ou qui sont soumis, pour une raison ou une autre, à un régime particulier ? Ils
représentent près de 10 % du corps enseignant. Un professeur sur quatre
bénéficie d'une décharge totale ou partielle, pour des raisons statutaires
(mandat syndical) ou de service (rangement d'un laboratoire de biologie). Douze
mille, quant à eux, sont remplaçants : ils attendent qu'on les appelle.
La continuité du
service public a ses exigences, mais elle a aussi ses limites quand le
gaspillage tient lieu de mode de gouvernance. L'argent mal dépensé serait mieux
dans la poche d'enseignants à la condition salariale reconsidérée et aux
ambitions précisées. Objectif qui ne peut être atteint sans une vaste
réorganisation. Ne leur en déplaise, les syndicats font le lit de l'école
privée et creusent la tombe de l'éducation publique.
Yves Thréard
dans Le Figaro du 15 mai 2008
==>> Consulter la Monographie de Contribuables Associés sur le même sujet, N°10 de septembre2007:
Enseignement et recherche: on peut faire mieux pour moins cher
par Jacques Bichot, professeur à l'Université de Lyon III, membre honoraire du Conseil Economique et Social
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