En
mai, des salariés et leurs employeurs de la zone commerciale
Plan-de-Campagne, dans les bouches du Rhône, organisaient une opération
escargot sur l’autoroute A51 entre Aix-en-Provence et Marseille. Ils
protestaient contre l’interdiction pour eux d’ouvrir le dimanche,
depuis que la CGT et la CFDT ont obtenu en justice l’annulation des
dérogations que la préfecture leur accordait jusqu’à présent.
« La frilosité du gouvernement à toiletter immédiatement la
législation sur les dimanches serait fatale à Plan-de-Campagne », qui
emploie 6.000 personnes, interpellaient-ils.
Assouplir les règles concernant le travail le dimanche, le
gouvernement en a l’intention. La commission Attali le lui a d’ailleurs
conseillé, dans la perspective de lever les freins à la croissance.
Initialement, cet assouplissement devait figurer dans la loi de
modernisation de l’économie (LME), examinée cette semaine à
l’Assemblée.
Les syndicats, eux, y sont hostiles, le plus remonté sur ce sujet étant la CFTC. Elle a même lancé une pétition contre le travail le dimanche.
« Ce que la CFTC et beaucoup d’autres défendent avec le repos
dominical, ce n’est pas un simple et nécessaire temps de repos, c’est
une civilisation au sens premier du terme », revendique la centrale
chrétienne.
Or en 2006, un salarié sur quatre travaillait déjà le dimanche, selon la dernière enquête emploi de l’Insee. 14,6% occasionnellement et 11,6% habituellement.
« Déjà au XVIIe siècle, certains beaux esprits prônaient le travail
sept jour sur sept, afin, disaient-ils, « d’enrichir la société ».
Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que la France irait mieux si
l’on pouvait pousser le Caddie tous les jours », se défend Joseph
Thouvenel, secrétaire général adjoint de la CFTC.
« Qu’en sera-t-il de la libre concurrence quand il n’y aura plus de
concurrence », interroge-t-il. Le risque est, en effet, de voir les
grandes surfaces ouvertes les dimanches « cannibaliser » les petits
commerces de centre-ville.
D’autant que l’opportunité économique de l’ouverture des commerces le dimanche est-elle aussi sujette à caution.
« Si un magasin est ouvert le dimanche alors que ses concurrents
sont fermés, il capte une part importante du marché », reconnaît Xavier
Timbeau, économiste à l’OFCE. « Mais si tous les magasins sont ouverts le dimanche, il n’y a plus de gains de parts de marché », objecte-t-il.
L’OFCE en veut pour preuve l’exemple allemand. En 2003, la
législation allemande qui encadrait strictement les plages d’ouverture
du commerce de détail a été fortement assouplie. Depuis, il est
possible de faire ses courses plus tard le soir, le samedi après midi
et le dimanche.
Or que constate-t-on ? « Cela n’a rien changé dans la consommation
ou l’épargne des Allemands. La valeur ajoutée, l’emploi ou la masse
salariale du commerce de détail sont restées sur une trajectoire
identique », rapporte l’OFCE.
Si l’on prend le cas du commerce de meuble, « les consommateurs
achètent des chambres d’enfants en fonction du nombre de leurs enfants,
de leurs âges ou de la taille de leur logement et pas parce qu’ils
peuvent faire leurs emplettes le dimanche » fait valoir Xavier Timbeau.
Précisant que « ce sera leur revenu qui aura le dernier mot ».