| La salle de concert Wanda Landowska |
| Cadre de vie - Les associations à Saint-Leu | |
| 26-01-2010 | |
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La Salle de musique et les Jardins de Wanda Landowska à Saint-Leu-la-Forêt
L'année 2009 peut vraiment être considérée comme « l'année Wanda Landowska » puisqu'elle commémore tout à la fois le centenaire de la publication de son ouvrage fondateur « Musique Ancienne », le soixante-dixième anniversaire de la dernière année de son séjour en France et le cinquantième anniversaire de sa mort à Lakeville, Connecticut le 16 août 1959. Ces anniversaires se conjuguent fort opportunément pour créer un événement majeur qui devrait permettre la renaissance de traditions anciennes et fournir l'occasion de développer une série d'actions culturelles de prestige international dans les années à venir.
C'est un peu l'histoire de la Belle au bois dormant que celle de cet auditorium blotti au milieu de ses jardins depuis 1927. Bâti dans ce qui n'était alors qu'un village à Saint-Leu-la-Forêt, à la lisière de la forêt de Montmorency, il constitue un lieu de mémoire d'une rare importance dans l'histoire de l'interprétation et de l'enseignement de la musique. Les faveurs du destin et la préservation obstinée du lieu par son actuel propriétaire ont permis d'en assurer la sauvegarde quasi-intacte. Création presque légendaire au charme fou, la Salle de Musique et les jardins de Wanda Landowska continuent de transmettre le témoignage pertinent d'un riche et élégant passé, totalement dédié à l'imagination et à la volonté d'une des plus grandes figures de la histoire de la création musicale du 20° siècle. Fort des nombreux exemples connus de par le monde qui tendent à démontrer que la sauvegarde opportune des monuments culturels a un impact considérable sur le développement d'événements nouveaux de même nature, il apparaît naturel de traiter les projets même les plus modestes avec le scrupule de la reconstitution historique qui accompagne les plus grandioses.
Actuellement la Salle de Musique et les Jardins de Wanda Landowska sont propriété privée. Des négociations en vue d'acquérir le site ont été entamées début 2009. La Phase 1 (2009) consistera à préserver la Salle de Concert et les Jardins de toute menace de démolition ou de transformation en s'en portant acquéreurs avec l'aide des collectivités territoriales et de l'État. La réalisation de ce projet nécessitera des fonds supplémentaires pour compléter ce financement public et un appel à souscriptions sera lancé auprès du public ; une association sans but lucratif a été créée à cet effet. La Phase 2 (2010) sera consacrée à la réalisation des travaux de rénovation et de remise en état d'origine du bâtiment et des jardins en vue de leur utilisation future à des fins culturelles dans le strict respect de leur vocation initiale. La Phase 3 (2010/2011) s'appliquera à établir des directives de fonctionnement pour le futur ensemble en définissant ses règles de gestion et les modalités de son ouverture au public pour des actions d'enseignement et pour des spectacles ou conférences. Et ce, en veillant tout particulièrement à recréer pour les visiteurs le cadre édifiant et caractéristique de ce « Temple de la Musique Ancienne », tel qu'il avait été voulu par sa fondatrice.
Wanda Landowska dessina, fit construire et baptisa de ce nom son auditorium. Pour ce faire, elle travailla en étroite collaboration avec le célèbre architecte et paysagiste Français Jean-Charles Moreux (1889-1956) dont elle appréciait le strict mais néanmoins poétique classicisme. Il est certain que Wanda Landowska lui donna des instructions précises aussi bien pour ce qui concerne les volumes de construction que la disposition et les capacités d'accueil des diverses parties intérieures (concerts, enseignement, cours et masterclasses). Elle veilla aussi bien à l'acoustique qu'à la nature des matériaux à utiliser et à l'ordonnancement des jardins.
Miraculeusement préservée avec sa verrière d‘origine à l'architecture unique, la Salle de Musique présente une luminosité naturelle rayonnante caractéristique qui traduit une volonté de sa créatrice de rompre avec le noir traditionnel des salles de concert dédiées au répertoire symphonique du Parthénon des compositeurs réputés du 19° siècle.
La Salle de Musique de Wanda Landowska à Saint-Leu-la-Forêt est certainement l'un des rares exemples de constructions de cette nature, conçue dans ses moindres détails par une musicienne de renommée mondiale, à être dédiée aussi bien à la tenue de concerts qu'à l'activité pédagogique. Tout en y accueillant ce qui peut être considéré sans doute comme le premier festival d'été en France, Wanda Landowska y développa tellement d'activités que le Temple de la Musique Ancienne devint vite un centre d'enseignement international pour le répertoire de la musique baroque. C'est bien, en effet, à Saint-Leu-la-Forêt, que Wanda Landowska créa ce mouvement considéré encore aujourd'hui et avec le recul comme l'un des plus influents dans le domaine de l'interprétation comme dans celui de la pratique de concert.
En 2005, Skip Sempe retrouva dans les archives de Jean-Charles Moreux, la correspondance très détaillée échangée entre l'architecte et Wanda Landowska lors d'une tournée américaine que cette dernière effectua en 1927. Elle était accompagnée des dessins et plans originaux de l'auditorium et de ses jardins. Ces documents essentiels désormais disponibles sont un apport fondamental à la connaissance des étapes de la construction et des modifications ultérieures de l'ensemble de l'auditorium et des jardins de Saint-Leu-la-Forêt, joyau de l'architecture et de l'histoire de la musique désormais sorti d'un injuste oubli.
Au départ, le trait de génie de
Wanda Landowska fut d' imaginer qu'à vingt kilomètres de Paris, dans ce qui
n'est alors qu'un village au cadre certes charmant mais encore rural et isolé
de tout, on pourrait faire venir des musiciens, des écrivains, des plasticiens,
des élèves -jusqu'à quatorze nationalités différentes à la fois- originaires de toute l'Europe et du reste du
monde, pour assister aux concerts du dimanche après-midi mais aussi pour suivre
un enseignement prolongé de haut niveau. En harmonie avec son état d'esprit humaniste et bienveillant, dont elle ne souhaitait à aucun prix se départir et afin d'en accompagner chaque instant, Wanda Landowska présentait un calendrier d'activités et d'événements représentatifs de ce qu'elle considérait comme la vraie mission d'une musicienne virtuose au goût exigeant et raffiné mais aussi à l'imagination sans limites. Les projets se multiplièrent :recherche de répertoires oubliés, pratique d'œuvres nouvelles, festival d'été, création d'un conservatoire de musique ancienne, constitution d'une collection d'instruments anciens et modernes, cours, écriture, enregistrement...
En 1925, Wanda Landowska achète le terrain nécessaire à la construction de la Salle de Musique et de ses jardins. Elle dresse immédiatement les plans la création de l'École Wanda Landowska qui, en quelques saisons, acquiert une renommée internationale, devenant vite le centre le plus important au monde dans le domaine de la musique ancienne et de sa redécouverte. Son enseignement avait débuté dans la villa voisine qu'elle avait achetée quelques années auparavant mais la demande d'une plus large ouverture à ses masterclasses et à des concerts était vite devenue pressante.
Le 3 juillet 1927, la Salle de Concert est inaugurée en présence d'un très nombreux public dont l'enthousiasme va vite devenir légendaire. Wanda Landowska donne un concert au clavecin et au piano, accompagnée par son ami Alfred Cortot, lui aussi au piano. Tous les critiques de renom sont présents et rendent compte en termes élogieux du succès remporté par cette nouvelle salle, du charme de ses jardins et de l'interprétation remarquable donnée des œuvres de Bach, Couperin, Rameau, Chambonnières, Mozart et Pasquini.
Le Temple de la Musique Ancienne est consacré dans l'allégresse et retient vite l'attention du milieu musical dans le monde entier. Les journalistes témoignèrent de son acoustique quasi-parfaite et louèrent la fraicheur des jardins d'où jaillissait le chant des oiseaux qui venait agrémenter les trilles du clavecin, le tout dans une ambiance bucolique dont Wanda Landowska avait longtemps rêvé. Elle trouvait enfin le cadre idéal propice à l'épanouissement de son art, qu'elle définissait comme une communion avec son public autour d'un vécu commun, utilisant la formule suivante : « Un profond sentiment de paix et de joie, on est loin du monde et pourtant on partage l'intimité avec les alentours. » Chaque année, de mai à fin juillet, une programmation originale draine un vaste public de connaisseurs et de professionnels. Les premières saisons, les concerts affichèrent des œuvres champêtres et accessibles puis, avec l'initiation donnée par Wanda Landowska, les programmes se risquèrent à proposer des morceaux plus rares ou plus difficiles d'accès avec notamment la toute première interprétation au clavecin des Variations Goldberg le 17 mai 1933. Wanda Landowska osa même abandonner la traditionnelle programmation à ses yeux démodée pour présenter des concerts consacrés à l'intégralité des Sonates de Scarlatti, des Suites de Rameau, des Suites de Couperin ou des Suites de Haendel.
Les cours et masterclasses ouverts aux clavecinistes et aux pianistes mais aussi aux autres instrumentistes : violonistes, flutistes, hautboïstes, violoncellistes - et aux chanteurs, permettaient à Wanda Landowska de partager les secrets de ses recherches, de ses observations, de ses découvertes. Elle expliquait elle-même au clavecin ou au piano si bien qu'élèves et auditeurs repartaient comblés des masterclasses, l'inspiration renouvelée et avec au cœur le désir de revenir. Parmi ses projets Wanda Landowska souhaitait offrir un complément à ses concerts avec la formation d'un ensemble instrumental consacré à l'interprétation de la musique ancienne.
La popularité des concerts de Wanda Landowska à Saint-Leu-la-Forêt attira d'innombrables amis et fidèles : les compositeurs Georges Auric, Henri Sauguet, Arthur Honegger, Jacques Ibert, Francis Poulenc; le pianiste Vladimir Horowitz; les célébrités du monde littéraire avec Georges Duhamel, Paul Valery, Jacques de Lacretelle, Edith Wharton, Adrienne Monnier; des peintres et sculpteurs comme Aristide Maillol, Antoine Bourdelle, Jacques-Henri Blanche. Le cinéaste Jean Gremillon fut aussi un visiteur régulier. Et bien sûr ses élèves : Ralph Kirkpatrick, Putnam Aldrich, Ruggero Gerlin, Aimee van de Wiele, Isabelle Nef, Gusta Goldschmidt, Lucille Curzon et Denise Restout. En 1935/1936, Wanda Landowska réalise une série d'enregistrements dans la Salle de Musique dont plusieurs œuvres majeures de Bach pour le clavecin. Ces interprétations révolutionnaires conçues puis créées dans l'atmosphère onirique de la propriété de Saint-Leu-la-Forêt sont la représentation virtuelle de l'ambiance qui y régnait. Ces enregistrements sont considérés comme faisant partie des plus remarquables du 20° siècle.
La renommée internationale de Wanda Landowska, sa propriété et son ascendance juive et polonaise vont très vite éveiller l'intérêt des Nazis en 1939. Citoyenne de nationalité française, Chevalier de la Légion d'Honneur, elle peut se croire protégée mais la menace pesant sur elle est réelle. Pressée par ses amis et admirateurs de quitter Saint-Leu, elle abandonne tout, maison, auditorium, jardins, collection d'instruments sans oublier son immense bibliothèque aux ouvrages de valeur inestimable. Wanda Landowska, femme courageuse et dotée d'une volonté de fer reste convaincue que les événements ne sont que transitoires. Elle quitte néanmoins Saint-Leu avec deux valises en juin 1940. Elle n'y reviendra jamais.
De récentes recherches concernant
les confiscations opérées par les Nazis en France durant la 2° guerre mondiale
prouvent qu'en septembre 1940 le pillage de la propriété de Wanda Landowska à
Saint-Leu - plus d'une cinquantaine de caisses dont le contenu n'a jamais pu,
pour la plupart d'entre elles, être retrouvé - était l'un des premiers et des
plus importants vols culturels effectué en France. Son caractère est éminemment
symbolique parce qu'il vise autant une musicienne juive de renommée
internationale qu'une résidente Française à la personnalité brillante et
distinguée. Un document établi par les Nazis en janvier 1941 et qui a été
retrouvé décrit l'ensemble des biens saisis à Saint-Leu comme ceux d'« une
propriété juive abandonnée ». La propriétaire se voit ainsi privée à tout
jamais de la protection gouvernementale normalement allouée à toute
« propriété culturelle Française. » La sauvegarde de la salle de Concert et des Jardins de Wanda Landowska offre l'occasion de préserver un lieu de mémoire, riche témoin d'événements passés importants, pour y faire renaitre en la continuant une action culturelle ingénieuse et originale. L'appel aux dons et au mécénat doit écarter le danger d'une opération immobilière. Renseignements et courrier : Association de sauvegarde de l’Auditorium de Wanda Landowska - Secrétariat Général 16, av des Tilleuls - 95320 Saint Leu la Forêt Tél : 01 34 15 23 75 / 06 67 92 48 80 |
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